La tension est montée d’un cran ce lundi aux abords de l’Assemblée nationale. Devant les grilles de fer de la Place Soweto, quadrillée par un imposant dispositif policier, seules quelques poignées de manifestants ont réussi à se rassembler. Malgré leur faible nombre, leur détermination est bruyante : sifflets à la bouche, pancartes brandies à bout de bras, ils scandent des slogans hostiles à la proposition de loi portant révision de la Constitution, alors même que les députés l’examinent à l’intérieur.
L’ambiance, sous un soleil de plomb, a rapidement basculé, même si la mobilisation était minime. Dès les premiers attroupements, les Forces de défense et de sécurité ont chargé pour disperser la foule. Des pick-ups de la police ont pris position aux angles stratégiques, tandis que les premiers tirs de gaz lacrymogènes déchiraient l’air, enveloppant la place d’une fumée âcre et dispersant les militants, notamment ceux de l’Alliance pour la République (Apr), venus grossir les rangs de la contestation.
C’est dans ce chaos éphémère qu’une vague d’interpellations ciblées a débuté. Selon nos informations, le président du Forum du justiciable, Babacar Ba, a été arrêté brutalement à quelques mètres de l’Hémicycle alors qu’il tentait de rallier la place.
La traque s’est ensuite étendue aux figures de proue de la Société civile et de l’opposition présentes sur le pavé. Plusieurs membres du collectif Le Peuple dont l’ancien ministre Pape Gorgui Ndong et le rappeur activiste Abdou Karim Guèye, plus connu sous le nom de «Xrum Xaxx», ont été embarqués dans des fourgons de police. Peu après, le Coordonnateur national des jeunes de l’Apr, Babacar Selle Diagne, a lui aussi été arrêté avant d’être conduit au commissariat, selon son entourage. L’opposant Thierno Bocoum, leader du mouvement Agir, figure également parmi les personnes interpellées au cours de cette mobilisation éclair.
Ces arrestations interviennent dans un contexte de fortes contestations autour de la réforme constitutionnelle. Ces derniers jours, de nombreux responsables politiques et acteurs de la Société civile avaient exigé du président de l’Assemblée nationale le gel de l’examen du texte, réclamant une concertation nationale inclusive avant toute modification de la Charte fondamentale.
En fin de journée, alors que les députés poursuivent les débats dans un hémicycle calfeutré, la Place Soweto s’est vidée de ses manifestants. Sans avoir réussi à perturber le vote encore moins réussi à dupliquer le 23 juin 2011.

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