L’adoption récente de réformes sur la Commande publique marque un tournant décisif au Sénégal. En encadrant strictement les marchés classés «Secret-défense», le Pouvoir exécutif lève un voile historique sur une zone d’ombre de la gestion des deniers publics. Entre satisfaction de l’Arcop et appui technique de la Banque mondiale, les experts saluent une avancée majeure vers la transparence et l’intégrité.

Par Justin GOMIS – En adoptant, la semaine dernière, les réformes sur la Commande publique, le chef de l’Etat a brisé le sceau du «Secret-défense» qui entourait jusqu’ici de nombreux contrats. Cette volonté politique est fortement saluée par l’Autorité de régulation de la Commande pu­blique (Arcop). Lamine Samb, directeur de la Formation et de l’appui technique de l’Arcop, s’est exprimé hier lors de la troisième édition de la Formation internationale sur la gestion des contrats de travaux (Fidic). Devant un auditoire composé de représentants de onze nationalités de la sous-région, il a rappelé une vérité fondamentale : «Le système de la Commande publique n’est pas seulement un forum de procédures ; c’est un mécanisme qui doit garantir la transparence et l’intégrité.»

Vers un accès réel à l’information

Pour M. Samb, il s’agit concrètement d’une loi sur l’accès à l’information. «Dans le cadre de la Commande publique, les marchés classés «Secret-défense» constituaient un maillon faible et opaque», a-t-il souligné, avant de rendre hommage à l’audace des autorités actuelles. Le changement majeur réside dans la création d’une entité spécifique regroupant les unités contractantes habilitées à passer ces marchés sensibles, tout en y associant la Direction centrale des marchés publics (Dcmp) pour le contrôle. «Aujourd’hui, le pouvoir discrétionnaire est encadré par un mécanisme de «sa­chants». Les marchés seront désormais immatriculés au sein de la commission et les données seront accessibles aux autorités habilitées», s’est réjoui le directeur.

Cette réforme consacre, selon lui, l’avènement du triptyque «Jub, Jubal, Jubanti» (Inté­grité, Droiture, Probité), tranchant net avec les pratiques anciennes souvent assimilées au «fait du Prince».

Cette quête de transparence rejoint les objectifs de la formation sur le «Livre Rouge» Fidic, financée par la Banque mondiale. Pour Kwame Messan, Coordonnateur sous-régional de la passation des marchés à la Banque mondiale, la modernisation ne doit pas s’arrêter à la signature du contrat. «Il y a quelques années, nous limitions notre responsabilité à la phase de passation des marchés. L’expérience a montré que c’était une erreur», a admis M. Messan. Réclamations non gérées, absence de sanctions pour les entreprises défaillantes : les lacunes au stade de l’exécution des contrats sont nombreuses. «Nous avons décidé de prendre ces problèmes à bras-le-corps pour sensibiliser les acteurs», a-t-il expliqué.

L’accent de cette session est mis sur les points critiques de la gestion contractuelle. En mutualisant leurs connaissances et en échangeant sur les bonnes pratiques internationales, les experts espèrent une gestion des finances publiques plus efficiente. A l’issue de cette rencontre, les participants sont attendus sur un changement de paradigme pour apporter plus de clairvoyance et de rigueur dans la mise en œuvre des grands projets nationaux.

justin@lequotidien.sn