Réunis hier à la mairie pour une journée dédiée aux enfants talibés, élus locaux, acteurs de la Société civile et autorités judiciaires ont dressé un constat sans complaisance sur la mendicité forcée. Entre indignation, partage d’expériences et promesse d’actions, la commune des Parcelles Assainies affiche sa volonté de rompre avec un phénomène profondément enraciné.

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – La commune des Parcelles Assainies a abrité, ce 20 avril, une journée de réflexion consacrée à la situation des enfants talibés, dans un contexte marqué par la persistance de la mendicité dans l’espace public. Autorités locales, organisations et services de l’Etat ont ainsi croisé leurs regards pour mieux cerner les contours d’un phénomène aussi ancien que préoccupant.

Adjointe au maire, déléguée à l’Alphabétisation et aux écoles coraniques, Soukaïna Ndiaye a rappelé que cette journée s’inscrit dans une dynamique nationale, tout en répondant à une urgence locale. Dans une commune qui compte près de 200 daaras, modernes comme traditionnels, elle a reconnu que «la présence quotidienne d’enfants mendiants reste une réalité». Pour autant, l’élue entend inverser la tendance en misant sur l’éducation : «Nous voulons réduire le temps de mendicité et le consacrer à l’apprentissage et à l’encadrement des enfants.» Elle a également annoncé la production d’un rapport et la mise en place d’un suivi des recommandations issues des échanges.

Même son de cloche du côté de la Société civile. Issa Ka, engagé depuis plusieurs années sur la question en Afrique de l’Ouest, a insisté sur l’ampleur du phénomène. Selon lui, «de nombreux enfants sont encore victimes d’exploitation économique à travers la mendicité forcée». S’appuyant sur des expériences menées dans certaines communes comme la Médina, il a évoqué des «solutions endogènes» ayant permis de réduire significativement cette pratique. «L’enjeu aujourd’hui est de partager ces modèles et de les adapter aux réalités des Parcelles Assainies», a-t-il soutenu.

Représentant la Cellule na­tionale de lutte contre la traite des personnes, Mody Ndiaye a, pour sa part, rappelé la fermeté du cadre légal. Il a dénoncé des pratiques consistant à «exploiter des enfants sous couvert d’éducation», précisant que la mendicité forcée constitue une infraction passible de peines allant de 5 à 10 ans de prison. «Ce que nous constatons est inacceptable. Tous les enfants doivent être protégés, éduqués et épanouis», a-t-il martelé.

Au terme de cette rencontre, une volonté commune se dégage : passer des discours aux actes. Pour les autorités des Parcelles Assainies, il s’agit désormais de transformer ces engagements en mesures concrètes afin de freiner durablement un phénomène qui interpelle toute la société sénégalaise.

latifmansaray@lequotidien.sn