Le kankourang s’est invité au Festival de Vélingara (Festivel) qui a baissé ses rideaux lundi dernier. Lors d’une conférence sur le thème : «Le kankourang d’hier à aujourd’hui», des intervenants ayant pris connaissance des fonctions du kankourang, ont décrété que seule la fonction «réjouissance», donc non violente, de ce masque mandingue doit prévaloir aujourd’hui.

Par Abdoulaye KAMARA – «Le Kankourang joue 3 fonctions principales dans le monde culturel mandingue : les fonctions de police, de protection et de réjouissance.» D’emblée, le conférencier, Mamadou Moustapha Yaffa dit Alpha, pose cet enseignement sur la table, lors d’un panel axé sur le thème : «Le kankourang d’hier à aujourd’hui.» C’était à l’occasion de l’organisation de la première édition du Festival de Vélingara (Festivel) qui s’est déroulé du vendredi 27 au lundi 29 décembre 2025. Se voulant plus clair, M. Yaffa, également écrivain, a ajouté : «La fonction de police se joue quand le village veut imposer une convention à laquelle tout le monde a souscrit. Par exemple, préserver les fruits verts (domestiques et sauvages) de toute cueillette avant murissement. C’est le kankourang qui se charge de corriger tout contrevenant à cet interdit. Il éloigne les non-initiés et les femmes de l’environnement des circoncis et du masque lui-même, sous peine de correction. Pour la protection, le kankourang veille de jour comme de nuit sur des jeunes circoncis dans leur campement ou dioudiou en langue mandingue. En cas de survenance d’une endémie dans le campement, c’est au Kankourang de conjurer la maladie. Ces 2 kankourangs sont violents, frappent avec leurs coupe-coupe et peuvent même tuer si tel est le verdict du conseil du village. Et puis le Kankoukang de réjouissance est jouissif. Il apparait à l’entrée des circoncis dans leur campement ou quand ils en sortent. Ce kankourang danse au rythme du diambadong et tolère la proximité des femmes et des non-initiés.» A l’écoute des éclairages de M. Yaffa, Abdoulaye camara, enseignant, a tiré cette conclusion : «Il est inconcevable de nos jours qu’il existe encore des kankourangs policiers qui se donnent le droit d’user de la violence pour rétablir un quelconque ordre. Aujourd’hui, étant dans une République bien organisé, ne peut exister que le kankourang de réjouissance qui n’a pas vocation d’user de la violence.» Une manière de dire non à tous ces cas de violence souvent suivis de mort d’hommes qui accompagnent les sorties de ce masque, notamment à Mbour, Kolda, Ziguinchor ou encore Vélingara.

Vélingara ; carrefour géographique et carrefour des cultures

«On ne doit plus parler de la culture du Fouladou, mais plutôt des cultures du Fouladou. Vélingara étant un carrefour géographique, est aussi un carrefour des cultures.» Ibrahima Barry, président du Conseil départemental de Vélingara, a fait cette déclaration à la cérémonie d’ouverture, samedi dernier, du Festival de Vélingara ou encore Festivel. L’initiateur de ce rendez-vous culturel qui a pris fin lundi 29 décembre 2025 et qu’il veut désormais annuel, avait pour thème : «Diversités culturelles, facteur de développement et d’intégration sous-régionale.» Le président Barry, pour une première édition, a été séduit par les prestations des différents groupes ethniques qui peuplent ce département de la région de Kolda. Balantes, Diolas, Bassaris, Kognaguis, Mandingues, Sé­rères et Peulhs dans toutes leurs différences dialectales, ont fait des prestations de ballets et danses, avec un port vestimentaire spécifique. Des pays limitrophes comme la Gambie, la Guinée-Bissau et la Guinée Conkary ont été invités. L’objectif de ce festival est d’ «utiliser le levier de la culture comme facteur de développement et d’intégration sous-régionale. C’est partir de la culture pour réaliser ces objectifs-là. Nous avons des défis de sécurité dans la sous-région. C’est en raffermissant les liens entre les différents peuples de la sous-région que nous arriverons à relever les défis sécuritaires». Le Conseil départemental entend, à l’avenir, «créer l’espace Gkv, un carrefour culturel et économique entre les villes de Gabou (Guinée-Bissau), de Koundara (Guinée Conakry) et de Vélingara, à l’image de ce qui se fait entre le Mali, la Côte-d’Ivoire et le Burkina Faso qui ont créé le «Skbo» entre les villes de Sikasso (Mali), Korhogo (Côte-d’ivoire) et Bobo Dioulasso (Burkina Faso). L’espace Gkv aura une dimension culturelle et une dimension économique, avec la noix de cajou que nous partageons dans cette zone», a renseigné Ibrahima Barry.

A rappeler que le Festivel a été couplé à l’organisation d’un Salon international de l’agriculture de Vélingara (Siavel), qui a pour objectif de «créer un cadre de concertation entre ceux qui constituent l’offre de services financiers et techniques et les producteurs. Vélingara est une zone à vocation agricole qui a bénéficié de beaucoup d’appuis de l’Etat tels que les aménagements du bassin de l’anambé ainsi que toutes ces initiatives pour intensifier la culture du coton. Malgré tous ces investissements, le département peine à sortir de la pauvreté. Nous avons pensé créer un cadre de synergies entre les pouvoirs publics et les privés pour mettre en place un environnement propice à l’agriculture, comprenant la production végétale, animale, piscicole et apicole. Faire en sorte que tous ces producteurs aient accès à l’information technique, financière et commerciale», a noté Ahamet Hady Seydi, consultant.

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