Serigne Moustapha Sy n’est pas compris. Le constat est de Mansour Kébé. L’ancien député du Pur a pris sa plume pour corriger ce travers. Moustaphal Maktoum, l’incompris de la nation, du religieux à l’humaniste est une œuvre qui retrace la vie et la philosophie du guide religieux et aussi homme politique.
Par Malick GAYE – Ils étaient nombreux, samedi, à répondre à l’invitation de Mansour Kébé pour la cérémonie de dédicace de son ouvrage intitulé Moustaphal Maktoum, l’incompris de la nation, du religieux à l’humaniste. Parlementaires, personnalités religieuses et civiles, la salle du Axil hôtel qui abritait l’événement, a reflété la densité d’un moment qui dépassait le simple exercice littéraire.
Visiblement ému en prenant la parole, l’ancien député Moustapha Kébé a d’emblée posé le cadre de sa démarche. «C’est avec une grande émotion que je prends la parole aujourd’hui pour présenter cet ouvrage», a confié à l’assistance l’auteur du livre sur le guide religieux des Moustarchidines. Moustaphal Maktoum, l’incompris de la nation, du religieux à l’humaniste est un titre qui, selon son auteur, n’est pas anodin : l’incompris de la nation porte «une histoire, une tension et, surtout, une interrogation profonde». Car le fondateur du Pur, explique-t-il, n’a pas simplement été mal compris par certains. «Il a été, à bien des égards, insuffisamment écouté par toute la Nation.»
Pour Mansour Kébé, l’incompréhension dont il est question dans cet essai, n’est pas un banal malentendu. C’est, dit-il, «une fracture, une distance entre ce qui a été dit, ce qui a été voulu et ce qui a été vécu». Le passage du religieux à l’humaniste, le fil conducteur de l’ouvrage, n’y est pas présenté comme une rupture ou un abandon, mais comme «une continuité, une richesse» : la pensée d’un homme qui a grandi, qui a évolué, et que ses contemporains n’ont pas toujours su accompagner dans ce mouvement. «Avons-nous su comprendre cette transition ? Ou avons-nous figé une pensée vivante dans des catégories mortes ?» C’est à cette question que le livre tente de répondre.
L’auteur revendique une ambition qui dépasse le portrait : «Ce livre n’est pas un hommage figé, c’est une invitation au débat.» Une Nation qui ne comprend pas ses penseurs, prévient-il, «se perd inévitablement elle-même».
Parmi les personnalités qui ont pris la parole, le témoignage de Talla Sylla, ancien maire de Thiès, a retenu l’attention par son franc-parler et sa profondeur. Loin des discours convenus, il a d’abord salué le titre de l’ouvrage comme «une provocation salutaire et une profonde vérité». Remontant le fil de sa propre mémoire politique, il a rappelé qu’en 1993, la jeunesse pour l’alternance avait choisi Serigne Moustapha El Maktoum comme parrain, «non pas de manière fortuite ou complaisante», mais parce qu’il avait été l’un des premiers à prendre position courageusement à une époque où «ce courage manquait cruellement à bien d’autres». «Nous ne cherchions pas seulement un guide spirituel, nous cherchions un bouclier et une maison», a-t-il lancé.
Pour Talla Sylla, l’humanisme de Moustapha El Maktoum n’est nullement une trahison du religieux. C’en est au contraire l’aboutissement naturel. Une posture héritée de son illustre père, qui enseignait «que le droit à la vie prévaut sur le fameux Etat de Droit, et que les dirigeants qui cessent d’être justes rompent le contrat qui les lie au Peuple». Se décrivant lui-même comme un disciple de Cheikh Ahmadou Bamba, Talla Sylla n’en a pas moins rendu hommage à la lumière «transversale» que dégage Serigne Moustapha : «Il ne se contente pas de ce que la Nation est. Il se bat pour ce que la Nation doit être.»
Mansour Kébé, à qui l’on doit ce portrait intellectuel et spirituel, est artiste plasticien et ancien député au Sénégal. A travers une œuvre qui croise spiritualité, engagement civique et mémoire historique, il s’est taillé une réputation de voix indépendante dans le débat public sénégalais. Avec ce livre, il signe un acte de lucidité autant que de fidélité : fidélité à une tradition de sagesse, fidélité à un enseignement qu’il juge toujours actuel. «Comprendre, ce n’est pas seulement regarder en arrière, c’est aussi préparer l’avant-garde. Et le Sénégal a besoin, aujourd’hui, de cette préparation.»
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