L’Union africaine a officiellement rejeté la candidature de l’ancien Président sénégalais Macky Sall pour le poste de Secrétaire général des Nations unies, après qu’une opposition massive de vingt Etats membres a brisé la «procédure de silence». Entretemps, on a appris que certains pays comme l’Egypte et le Liberia ont retiré leurs objections.
Par Bocar SAKHO – Le paysage diplomatique africain a connu hier un séisme majeur. Dans une note verbale datée du 27 mars 2026, la Commission de l’Union africaine (Ua) a acté l’échec du consensus autour de la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’Onu. Alors que le projet de décision semblait suivre son cours, il a été brutalement stoppé par ce que le jargon diplomatique appelle une «rupture du silence».
Le mécanisme de la «procédure de silence»
Pour comprendre la portée de cet échec, il faut saisir l’outil utilisé par l’Ua. La procédure de silence consiste à considérer un projet comme adopté si aucun Etat membre ne soulève d’objection dans un délai imparti. C’est un test de consensus tacite. Le fait marquant : ce n’est pas un ou deux pays qui se sont opposés, mais bien 20 Etats membres qui ont formellement rompu le silence avant la date limite fixée au 27 mars 2026 à la clôture des bureaux. Pourquoi un tel blocage ? Même si d’autres pays comme l’Egypte et le Liberia ont retiré leurs objections dans la soirée d’hier.
Le rejet du consensus continental autour de la candidature de l’ancien Président sénégalais soulève des questions sur la cohésion interne du bloc africain et sur le capital diplomatique actuel de Macky Sall. Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce désaveu, notamment le manque d’unanimité régionale : pour un poste aussi prestigieux que celui de Secrétaire général de l’Onu, l’Ua cherchait à présenter un front uni. La contestation par 20 pays indique une fracture profonde sur son profil, qui pourrait rappeler ses positions du temps de sa présidence. Plusieurs pays auraient critiqué un délai de réflexion trop court (24h), jugeant la méthode du Burundi trop directive.
Il y a aussi les enjeux de politique intérieure et régionale comme la décision du Sénégal (Voir par ailleurs) : les tensions récentes ou l’héritage politique de son dernier mandat au Sénégal ont pu peser dans la balance de certains partenaires stratégiques sur le continent. Quelles conséquences ?
En l’absence d’adoption par l’Ua, la candidature de Macky Sall perd le précieux «label» de soutien continental, pour bousculer davantage les candidats des autres régions du monde. Même si la décision ne remet pas en cause les ambitions internationales de l’ancien chef d’Etat. La course pour la succession à la tête des Nations unies reste toujours en jeu pour l’Afrique si elle veut peser dans le vote final à New York.
Le véritable terrain de jeu est à New York
Malgré les remous à Addis-Abeba, l’élection du Secrétaire général de l’Onu obéit à une logique qui dépasse les frontières africaines. Car le Conseil de sécurité reste maître du jeu : c’est là que se joue l’essentiel du processus. Le soutien -même partiel- de l’Ua est un atout, mais n’est pas une condition légale.
Le profil de Macky Sall, figure connue des cercles diplomatiques occidentaux et orientaux, conserve une «valeur marchande» élevée auprès des membres permanents du Conseil (P5). Le défi pour le camp Sall sera de transformer ce «revers procédural» en une démonstration de résilience, en s’appuyant sur la majorité des 35 pays qui continuent de porter sa voix au sein de l’Ua.
Si l’Union africaine n’a pas pu accorder son soutien unanime «par silence», la bataille diplomatique ne fait que commencer. Macky Sall semble désormais parier sur une stratégie de «candidat de consensus» auprès des grandes puissances, tout en espérant que le bloc des soutiens africains finira par faire fléchir les dernières résistances internes.
bsakho@lequotidien.sn

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