De la Bceao aux commandes de l’action gouvernementale, Ahmadou Al Aminou Lô, économiste et ancien enfant de troupe, prend la tête du gouvernement sénégalais avec une double promesse : la continuité stratégique du projet «Sénégal 2050» et un changement de méthode axé sur l’efficacité.

Diomaye Faye n’a pas cherché loin pour trouver le successeur de M. Ousmane Son­ko, 72h après le limogeage de celui-ci : il a choisi son ministre chargé du Suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’Agenda national de transformation «Sénégal 2050», Ahmadou Al Aminou Lô, pour donner un nouveau cap à ce quinquennat qui s’enlise dans la crise.

Rien ne prédestinait le jeune garçon des daaras de Louga à devenir le chef d’orchestre de l’Exécutif sénégalais. Fils d’un maître coranique respecté, Ahmadou Al Aminou Lô a forgé son destin entre la spiritualité de son quartier natal de Keur Serigne Louga, la discipline de fer de l’école militaire Charles Ntchoréré de Saint-Louis et l’excellence académique. C’est ce double héritage, alliant foi, rigueur militaire et haute technicité économique, qu’il installe aujourd’hui à la Primature.

Né dans la capitale du Ndiambour en 1966, Ahmadou Al Aminou Lô est le fils d’un maître coranique issu d’une grande famille d’érudits du quartier Keur Serigne Louga, fondateur de l’institut islamique «Mar El Houda». Il effectue ses études primaires à l’école 1 (l’école régionale de Louga), tout en suivant parallèlement son apprentissage coranique. Son destin bifurque vers l’excellence républicaine lorsqu’il réussit le Concours d’entrée au Prytanée militaire de Saint-Louis. Enfant de troupe rigoureux, il y décroche un Baccalauréat de la série D en 1985, sortant major de sa promotion avec la mention «Bien».

Son parcours universitaire est tout aussi brillant. A l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar, il obtient une Maîtrise en sciences économiques, complétée par un diplôme d’études de techniques bancaires. Plus tard, il parfait sa spécialisation à l’international en décrochant un diplôme en finance islamique à l’Université de Malaisie.

L’architecte financier et le grand serviteur de l’Etat

Celui que ses proches appellent affectueusement «La­mine» intègre la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) en 1987 comme agent d’encadrement à l’Agence principale de Dakar. Fin technicien, il gravit tous les échelons de l’institution jusqu’à devenir Conseiller du Directeur national de la Bceao pour le Sénégal en 2016, tout en cumulant cette fonction avec celle de Conseiller du Gouverneur. A ce poste stratégique, il devient l’un des hommes clés de l’ingénierie financière de l’Etat sénégalais. Il pilote et accompagne le pays sur plusieurs fronts majeurs : émissions d’eurobonds et négociations directes avec les agences de notation internationales (Standard & Poor’s, Moody’s), pourparlers stratégiques avec le Fonds monétaire international (Fmi), structuration des relations entre les banques locales et les investisseurs étrangers pour le développement des projets gaziers et pétroliers au Sénégal, et application des mécanismes de la finance islamique.

Son expertise traverse les frontières puisqu’il intègre le Groupe de travail chargé de la feuille de route pour la monnaie unique au sein de la Cedeao et siège comme administrateur de la Caisse de répartition et de retraites des agents d’encadrement de la Bceao (Crrae). Le 1er février 2024, il est promu Secrétaire général de la Bceao. Un poste qu’il n’occupera que deux mois, rappelé par le nouveau pouvoir exécutif pour servir directement la Nation.

L’ascension politique au cœur du «Projet»

Par le décret 2024-941 du 5 avril 2024, Ahmadou Al Aminou Lô intègre le premier gouvernement de l’ère Diomaye-Sonko en tant que ministre, Secrétaire général du gouvernement. Homme de dossiers et de méthode, sa maîtrise des rouages de l’Etat pousse le président de la République à lui confier, le 30 avril 2025, le portefeuille de ministre auprès du président de la République, chargé du Suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’Agenda national de transformation «Sénégal 2050». C’est donc le maître d’œuvre de la vision à long terme du régime qui est aujourd’hui propulsé à la Primature pour remplacer l’idéologue du Projet dont il a été l’un des «assistants» en tant que Sgg. Et aussi l’un des visages de la «dette cachée» révélée un soir du 26 septembre 2024, aux côtés de Sonko, Abdou­rahamane Sarr…

Dès sa nomination à la Primature, le nouveau chef du gouvernement a tenu à inscrire son action sous le signe de la continuité, du respect des institutions et de l’efficacité. Pour lui, cette immense charge est avant tout un engagement total : «Je considère cette nomination comme un sacerdoce.» Ahmadou Al Aminou Lô a clairement indiqué qu’il s’alignait sur la trajectoire tracée par le chef de l’Etat, excluant toute rupture idéologique, mais annonçant une rupture dans l’exécution : «je démarrerai ma mission sur une bonne base, à savoir les réalisations du gouvernement sous les orientations du président de la République, notamment dans la déclinaison et la mise en œuvre de la Vision Sénégal 2050, la reddition des comptes et divers autres domaines maintes fois rappelés en Conseil des ministres et lors des interventions solennelles de M. le président de la République», a-t-il déclaré. Il précise avec fermeté : «Il ne s’agit point d’un changement de cap… C’est plutôt d’un changement de méthode, dans la cohérence institutionnelle et l’action gouvernementale voulues par le chef de l’Etat, en veillant à la fidélité aux engagements du projet impulsé par tous ceux mobilisés autour du programme Diomaye Président, avec comme socle Pastef.» Un clin d’œil à l’aile dure du parti de Sonko, qui a débuté les mesures de rétorsion après le limogeage de ce dernier.

Conscient des enjeux économiques du pays à l’ère de l’exploitation de ses ressources pétro-gazières, le Premier ministre s’est voulu rassurant envers les milieux d’affaires nationaux et internationaux : «Je voudrais rassurer le secteur privé local, les partenaires techniques et financiers, les investisseurs étrangers : le Sénégal est un pays sûr et entend le rester.» En guise de feuille de route personnelle, le nouveau Premier ministre réaffirme sa soumission à l’autorité présidentielle et son dévouement exclusif au Peuple sénégalais : «Cette charge de conduite de l’action gouvernementale, que j’ai acceptée avec humilité et détermination, repose sur la conviction fondamentale que seuls les intérêts du pays ont guidé les décisions du président de la République dans la marche de l’Etat. Je conduirai mes actions dans la loyauté vis-à-vis de l’autorité du chef de l’Etat conférée par le Peuple sénégalais, et dans l’intérêt ultime de ce Peuple.»

Par Cheikh CAMARA-cheikh.camaqra@lequotidien.sn