A travers son nouvel album, Rumba Africa, Syran Mbenza réunit musiciens fidèles et figures majeures de la rumba congolaise autour d’une œuvre musicale pensée dans le détail. Entre compositions personnelles et reprises fondatrices, le guitariste de 75 ans affirme une vision exigeante, attentive au son, aux voix et à la mémoire vivante de cette musique.

En février 2020, devant les 65 000 spectateurs du Hard Rock Stadium de Miami et une audience totale qui dépasse le milliard de personnes pour cette finale du Super Bowl, une rumba congolaise surgit là où on ne l’attend pas : à la toute fin du tube «Waka Waka (This Time For Africa)», que Shakira interprète à la mi-temps sur le podium au milieu du terrain, «Icha» de Syran Mbenza accompagne la chanteuse et ses danseuses durant une trentaine de secondes.

L’effet est immédiat. En Colombie, le morceau attire aussitôt l’attention, circule, est repris par des musiciens ou amateurs de chorégraphie. Pour beaucoup, il s’agit de champeta, ce style afrocolombien hérité de l’esclavage et qui a permis à un certain nombre d’artistes congolais de conquérir un nouvel auditoire de l’autre côté de l’Atlantique. Sur les plateformes de streaming, les chiffres s’envolent à un niveau rare, sinon unique pour un vétéran de la musique congolaise.

Pour Syran Mbenza, l’utilisation -avec son autorisation préalable- de ce titre paru en 1991 sur son album Symbiose, est une preuve supplémentaire, si besoin était, du caractère intemporel de la musique qu’il pratique depuis plus de six décennies. «Elle ne se démode pas, parce qu’il y a tout ce qu’il faut comme ingrédients : de belles mélodies, une structure couplet-refrain… Tout est bien préparé», analyse-t-il, en l’opposant aux succès d’aujourd’hui qualifiés de «fast food».

Rumba Africa, son dixième album personnel sorti récemment, respire a contrario le temps long, celui qui libère toutes les nuances, toutes les saveurs. Rien à voir toutefois avec une quelconque lenteur, loin de là, et le morceau d’ouverture «Caro ya Manyéma» suffit à rappeler que la tranquillité apparente qui prévaut parfois pendant les premières minutes d’une rumba congolaise s’avère souvent trompeuse : en six minutes, le décor peut changer plusieurs fois et se terminer par un feu d’artifice frénétique difficilement soupçonnable au départ, comme c’est le cas ici. A coup sûr, l’un des ressorts les plus efficaces de cette musique !

Aux côtés du guitariste arrivé en France au début des années 80 et dont le nom reste associé aux groupes Quatre Etoiles puis Kékélé, se (re)trouvent des musiciens et des chanteurs avec lesquels il a partagé de nombreuses sessions et autant de concerts. Cette équipe de haut vol connaît son art sur le bout des doigts, et le plaisir de bien faire s’entend dans ses intentions, parfaitement restituées dans le traitement du son, à ajouter à la longue liste des qualités de cet album.

Ancien membre du Quartier Latin de Koffi Olomide, Fofo le Collégien est venu faire les guitares rythmiques. Le saxophoniste came­rounais Jim­my Mvondo, le batteur congolais Komba Mafwala, ainsi que l’accordéoniste française Vi­viane Arnoux font aussi partie des habitués et avaient déjà été conviés en 2009 pour participer au projet ​​​​​​​Immortal Fran­co du guitariste septuagénaire.

Rfi