Depuis le mercredi 14 janvier, les touristes non européens doivent payer plus cher leurs tickets d’entrée pour visiter le musée du Louvre et quatre autres sites touristiques français. Une mesure necessaire, d’après le ministère de la Culture, mais vivement dénoncée par les organisations syndicales.

Trente cinq euros pour une entrée au château de Versailles, 32 euros pour le Louvre, 22 euros pour la Sainte Chapelle. Les touristes non européens paient désormais plus cher que les Européens pour visiter cinq monuments français. Le surplus pour une entrée varie de 3 à 10 euros, selon les sites culturels. C’est au Louvre, musée le plus visité au monde, que la hausse est la plus spectaculaire : 45%. Le billet des Français et des Européens demeure à 22 euros. Cette nouvelle politique tarifaire n’est pas une surprise. Fin 2024, la ministre française de la Culture, Rachida Dati, affirmait que «les Français n’avaient pas vocation à payer tout, tout seuls», sous-entendant qu’il était nécessaire de partager le coût de la rénovation du patrimoine. Car c’est bien la finalité de la mesure : les bénéfices engendrés iraient à la rénovation du patrimoine. Concernant le Louvre, où les touristes extra-européens représentent 40% des visiteurs étrangers, le ministère de la Culture estime que la hausse de leurs tickets d’entrée rapporterait 20 à 30 millions d’euros. Ces fonds alimenteraient l’immense chantier «Louvre, nouvelle renaissance», présenté par Emmanuel Macron en janvier 2025, et chiffré à près d’un milliard d’euros. Celui-ci prévoit une rénovation du musée et la création de nouvelles salles, afin d’absorber le surplus de visiteurs attendus ces prochaines années.

Mais cette différenciation tarifaire est loin de faire l’unanimité. Elle fait même grincer des dents chez certains syndicats. Cette mesure est vue par ceux-ci comme le dernier clou dans le cercueil de l’universalisme des musées français. «Cela fait partie des missions des musées de France que de rendre la culture accessible au plus grand nombre», rappelle Nathalie Ramos, Secrétaire nationale de la Cgt Culture et musées. Les détracteurs de la mesure rappellent aussi qu’elle n’a pas vraiment d’équivalent en Europe. Dans la plupart des musées de Londres, Ams­terdam ou Berlin, les touristes nationaux, européens et non européens sont logés à la même enseigne. Le principe du tarif différencié se vérifie surtout dans des pays du sud écono­mique, comme au Pérou, où l’ancienne cité inca du Machu Picchu coûte plus cher aux visiteurs non péruviens.

Baisse des subventions publiques

Devant l’entrée du musée, ce mercredi 14 janvier, les touristes interrogés accueillent la mesure entre compréhension et frustration. Au micro de Rfi, David, originaire des Etats-Unis, relativise : «Ce n’est pas une si mauvaise idée, d’autant qu’un principe similaire s’applique chez moi, au Texas. Je préfère que ce soit nous qui payons, plutôt que les Français.» À quelques mètres, cette touriste chinoise, qui visite le Louvre pour la seconde fois, ne comprend pas : «Payer plus, simplement parce que je viens de Chine, c’est injuste ! Ils pourraient à minima faire payer moins ceux qui ont déjà visité le Louvre», explique-t-elle. Les promoteurs de la mesure font le pari que les touristes américains, chinois ou japonais ne rechigneront pas à payer dix euros de plus pour observer La Joconde ou la Vénus de Milo. De fait, le Louvre reste un passage quasi-obligé d’une visite à Paris. En revanche, ces visiteurs extra-européens pourraient être amenés à faire des choix, explique Nathalie Ramos : «Cela risque de limiter la visite d’autres musées, dans la mesure où une certaine somme a déjà été dépensée pour visiter le Louvre. Ce serait dommageable, car cela conduirait à restreindre l’offre culturelle que la France peut offrir à ses visiteurs.» Pour certains salariés des sites culturels concernés par la nouvelle tarification, la mesure est d’autant plus difficile à digérer que l’Etat est accusé de se désengager du financement du patrimoine. Les subventions publiques accordées au Louvre diminuent. Pour les syndicats, le ministère de la Culture est accusé de se reposer sur les touristes non européens pour compenser sa propre démobilisation.

Ce désengagement intervient trois mois après un important cambriolage au Louvre, début octobre, suivi d’une grève des salariés du musée qui dénoncent l’absence de moyens humains, la vétusté de l’établissement et l’incapacité à accueillir convenablement les visiteurs. Pour Alexis Fritche, membre du syndicat Cfdt-Culture, l’augmentation du ticket d’entrée des étrangers n’est pas de nature à régler immédiatement ces problématiques structurelles : «Avec un prix du billet en hausse, les visiteurs non européens seraient en droit de demander une meilleure qualité de visite, avec des toilettes qui fonctionnent et des files d’attente beaucoup plus courtes. Mais comment peut-on imaginer que cela soit mis en place alors que les chiffres de fréquentation vont augmenter ces prochaines années ?» Au moment de présenter le projet «Louvre, nouvelle renaissance», début 2025, Emmanuel Macron avait indiqué viser 12 millions de visiteurs par an au Louvre, contre 9 millions actuellement. Accueillir plus, tout en accueillant mieux : c’est le nœud du problème que doit résoudre l’établissement parisien.

Un musée auto-financé

Pour continuer à fonctionner avec moins de subventions publiques, le Louvre accroît sa part d’auto-financement, qui représente actuellement 70% de son budget de fonctionnement. La nouvelle tarification accentue cette tendance dénoncée par les syndicats de l’établissement. Julien Lacaze, président de l’association de défense du patrimoine Sites et Monuments, est plus nuancé. D’après lui, faire payer davantage les non-Européens, est la moins pire des solutions, faute de mieux : «Cette mesure est évidemment regrettable. Mais cela témoigne aussi d’une mutation de notre économie qui n’est plus celle d’un pays industrialisé. Désormais, comme beaucoup de pays du sud économique, nous allons tirer nos ressources de la valorisation de notre patrimoine et de nos œuvres.» Ce spécialiste estime qu’il est tout de même possible d’améliorer le confort de visite du Louvre, sans mettre à contribution les touristes étrangers. La solution : inciter les visiteurs à découvrir d’autres œuvres que La Joconde ou la Vénus de Milo, afin de mieux répartir les flux au sein du musée.

Rfi