Abdoulaye Ba n’a pas été victime de bavure policière. C’est en tout cas ce qu’a affirmé hier le procureur de la République, lors d’un point de presse sur les incidents survenus à l’Ucad le 9 févier dernier, et au cours desquels Abdoulaye Ba, jeune étudiant de 20 ans, a été arraché aux siens. D’après Ibrahima Ndoye, les investigations menées révèlent qu’il n’a pas été torturé, ni battu, et il n’y a jamais eu de contact physique entre lui et les Fds.
«Abdoulaye Ba n’a pas été torturé, n’a pas été battu, il n’y a jamais eu de contact physique entre lui et les Fds. Sa mort résulte d’une chute du quatrième étage, et il a atterri sur l’asphalte.» Telle est désormais la version officielle concernant la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba le 9 février dernier, lors des affrontements entre les Fds et les étudiants à l’Ucad. Le procureur de la République, Ibrahima Ndoye, a expliqué hier, lors d’un point de presse, les circonstances dans lesquelles ce jeune étudiant de 20 ans à la Faculté de médecine et d’odontologie a perdu la vie. Selon M. Ndoye, les investigations menées ont montré que lorsque le feu s’est déclaré dans la chambre 85 du Pavillon F, Abdoulaye Ba et ses camarades, qui étaient dans la chambre 83, ont été pris à un moment donné «sur un écran de feu et un miroir de fumée». D’après le procureur, le jeune étudiant, «ne parvenant pas à sortir de cette menace réelle à laquelle il était exposé avec ses autres camarades de chambre, n’a dû son salut qu’à chercher à se sauver en passant par la fenêtre». Et d’affirmer : «Abdoulaye Ba est bel et bien l’étudiant qui a sauté du 4ème étage du Pavillon F et qui, malheureusement, a atterri sur l’asphalte. C’est ce qui explique les dommages et autres dégâts constatés par le médecin légiste sur le corps de ce jeune étudiant.» Poursuivant ses propos, il soutient que «rien ne permet d’affirmer qu’il a été battu, ni les résultats de l’expertise médicale, parce que le choc traumatique ayant provoqué le décès a eu pour origine et cause la chute…».
Faisant allusion au tollé que son communiqué publié le 14 février dernier avait suscité, il souligne que le médecin explique les causes et l’enquête permet d’expliquer les circonstances dans lesquelles cette pauvre victime a malheureusement succombé. Revenant sur les investigations, Ibrahima Ndoye fait savoir que «certains camarades de chambre de Abdoulaye Ba ont formellement déclaré n’avoir pas été battus, encore moins brutalisés par des Fds qu’ils n’ont même pas vues.» Et d’insister : «L’écran de fumée et le feu qui s’était déclaré à la chambre 85, empêchaient toute possibilité d’entrer dans le couloir de ce pavillon. De sorte que les étudiants, piégés dans la chambre 83 où logeait Abdoulaye Ba, n’avaient d’autre possibilité que de passer par la fenêtre, parce que l’issue de secours qui devait leur permettre de se tirer d’affaire était scellée, sur instruction de certains responsables du Coud.»
«L’enquête va conférer à ces faits leur exacte qualification»
Ce constat fait, le procureur informe que l’enquête va se poursuivre et «conférer à ces faits leur exacte qualification». Et d’expliquer : «A considérer que l’approche permet d’exclure toute possibilité d’envisager plus tard l’engagement du chef d’assassinat, parce qu’il n’y a pas eu une volonté de tuer avec préméditation ou de meurtre, car il n’y a pas eu d’éléments constitutifs de cette infraction, encore moins de coups et blessures ayant occasionné la mort. Nous ne pouvons pas raisonnablement, et on le signale tout de suite, envisager l’engagement de poursuite de chefs d’homicide volontaire, d’assassinat ou de coup mortel, mais si l’enquête permet à terme d’établir que les étudiants qui étaient piégés dans la chambre 83 n’avaient plus les moyens de s’échapper (…) Si l’enquête permet d’établir que l’incendie est volontaire, et par le fait de son auteur, ce jeune a dû se jeter par la fenêtre, ce comportement pourrait être considéré techniquement comme ayant généré la mort d’un jeune.» Il assure qu’il en sera de même concernant l’issue de secours qui a été scellée. «Il serait envisageable d’engager des poursuites après identification de ceux par qui cet acte de maladresse a été posé», a-t-il dit.
Face à la presse, le procureur de la République a précisé que «les investigations ont été ciblées vers l’audition du personnel médical, des agents de sécurité du Coud, certains étudiants, certains gradés de la Police nationale». De même, Ibrahima Ndoye renseigne que «des constatations matérielles sur le campus social ont été effectuées, les éléments de vidéo-surveillance résultant des images capturées par des sources ouvertes, tout comme celles fixées par le Centre national de vidéo-surveillance, ont été exploités et ont pu constituer des axes majeurs des investigations menées par la Dic». A l’en croire, «au titre des dépositions, des médecins ont été entendus au niveau du Centre médico-social du Coud, qui ont pu édifier sur les circonstances dans lesquelles le corps de Abdoulaye Ba a été évacué. Au niveau de ce service, des agents de sécurité du Coud ont été entendus». «Des colocataires de la victime ont été entendus et ont pu nous édifier sur ce qui a pu se passer dans la chambre quelques heures, quelques instants avant ce moment fatidique. Toutes ces auditions, toutes ces constatations, toutes ces exploitations et toutes les réquisitions, les résultats de l’autopsie, ont pu concourir à nous permettre de retenir une thèse irréfutable à ce stade de l’enquête», a-t-il encore déclaré.
Par Dieynaba KANE-dkane@lequotidien.sn

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