L’abandon du projet de tunnel sécurisé au profit d’un contournement jugé trop long suscite la colère des habitants de la commune de Mont-Rolland. Face au risque d’isolement total créé par les travaux de l’autoroute Dakar-Tivaouane-Saint Louis, la population exige le respect des engagements initiaux pour préserver sa mobilité.
Par Cheikh CAMARA – La décision des autorités compétentes d’annuler la construction d’un tunnel sécurisé -pourtant adapté aux réalités locales- dans le cadre du chantier de l’autoroute Dakar-Tivaouane-Saint Louis a fait sortir de leurs gonds les habitants des villages de Pakhamkouye 1, Sambaye Karang, Khay Diakhal, Palou et des hameaux environnants. Située dans la commune de Mont-Rolland (département de Tivaouane), qui compte 18 villages traditionnels, cette zone s’insurge contre «la résolution de l’Ageroute et de l’entreprise chargée des travaux» de les barricader, jugeant la situation «inacceptable».
La crainte d’un enclavement total guette désormais ces populations. Elles refusent que la nouvelle infrastructure ne vienne entraver leur liberté de mouvement en les réduisant à effectuer des «traversées illicites». Dans cette partie enclavée de la commune, où le relief s’enfonce dans de nombreux ravins et dépressions séparant parfois les habitations d’un même village, les infrastructures socio-économiques de base font cruellement défaut.
«Les maisons n’ont pas d’eau courante et les familles s’approvisionnent à la seule borne-fontaine de la zone», se désole Mame Astou Mbaye, habitante de Sambaye Karang. En période de fortes pluies, les résidents se retrouvent totalement coupés du reste de la commune. Ils peuvent passer 24 heures sans possibilité de sortir, y compris pour évacuer une femme enceinte, témoigne Daouda Thiandoum, un autre habitant.
Une commune divisée en deux par l’autoroute
Leur unique voie de salut reste une piste d’environ un kilomètre : un véritable «cordon ombilical» reliant les villages du bas de la montagne au centre-ville. Chaque jour, élèves, travailleurs, usagers des structures de santé et bétail l’empruntent nécessairement. Or, avec l’avancée du chantier autoroutier qui coupe Mont-Rolland en deux, cette piste cruciale est en grande partie englobée dans la base de vie de l’entreprise. Une situation alarmante pour des habitants qui ont déjà cédé plusieurs hectares pour l’emprise du projet et le campement du chantier.
En plus de la perte imminente de cette voie, les riverains et leur bétail se retrouvent exposés à des risques d’accidents accrus. «C’était précisément pour éviter ces dangers qu’il avait été convenu, avec l’Ageroute et l’entreprise, de construire un tunnel sur cet axe», rappelle Daouda Thiandoum.
Pourtant, au fur et à mesure que les travaux progressent, ce consensus semble rompu. L’entreprise aurait unilatéralement renoncé au passage sécurisé à hauteur de Sambaye Karang pour proposer, à la place, une voie de contournement de 5 à 6 kilomètres le long de l’autoroute, complétée par une passerelle à hauteur de la route de Notto Gouye Diama.
Une option catégoriquement rejetée par la population : pour de simples raisons économiques, l’entreprise entend leur imposer un détour de 10 à 12 kilomètres aller-retour, contre seulement 2 kilomètres via la piste directe.
«Sans ce tunnel sécurisé, élèves, agriculteurs, éleveurs, personnes handicapées et malades devront parcourir entre 6 et 10 kilomètres, selon leur village, pour rejoindre le centre-ville», s’offusque Pape Faye, fils de l’imam de Sambaye Karang. Pour Ousmane Diouf, conducteur de moto-taxi «Jakarta» et membre actif du comité pour l’érection du tunnel, l’impact sera immédiat : beaucoup d’élèves abandonneront l’école face à de telles distances. Lui-même envisage déjà d’inscrire ses enfants dans les daaras de proximité pour leur éviter ces longs trajets.
Grogne contre le silence des autorités locales
Selon Daouda Thiandoum, le silence des chefs de village et du maire, Yves Lamine Ciss, inquiète au plus haut point. Pape Diouf, membre du collectif pour la construction du tunnel, déplore le manque de concertation globale entourant l’exécution du chantier. Selon lui, cette absence de dialogue a déjà engendré de multiples erreurs sur les ouvrages routiers et hydrauliques de la zone.
Il affirme que l’ensemble de la commune reste mobilisé derrière le comité. La communauté a accepté de respirer la poussière, de subir des dommages environnementaux et sanitaires, de céder ses terres et même de sacrifier des sites mystiques sérères au nom de la modernité. En contrepartie, elle refuse d’être marginalisée ou de voir sa mobilité confisquée.
«Nous sommes prêts à tout. Pour l’instant, nous privilégions la sensibilisation, l’information et la négociation à travers des points de presse et la voie diplomatique. Mais si cela ne permet pas de trouver une solution durable, inclusive et adaptée, nous passerons à l’étape supérieure», avertit M. Diouf.
cheikh.camara@lequotidien.sn

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