Le Sénégal s’apprête à opérer un virage stratégique majeur vers la santé préventive. Pour enrayer la progression des Maladies non transmissibles (Mnt) comme le diabète ou l’hypertension, le ministère de la Santé et de l’hygiène publique lance le Bilan annuel ciblé (Bac). Déployée dès 2026 à travers une phase pilote au sein des ministères, cette réforme vise à instaurer un contrôle médical régulier pour l’ensemble des citoyens.
Par Amadou MBODJI – Face à la progression inquiétante des Maladies non transmissibles (Mnt), le Sénégal revoit sa stratégie de riposte. A travers une réforme majeure dénommée Bilan annuel ciblé (Bac), le ministère de la Santé et de l’hygiène publique entend instaurer une véritable culture de la prévention et permettre à chaque citoyen d’évaluer régulièrement son état de santé.
L’hypertension artérielle, le diabète, les cancers, les maladies cardiovasculaires et les affections respiratoires chroniques figurent parmi les principales causes de mortalité. Lors d’une réunion de concertation multisectorielle organisée dans les locaux du ministère, le Dr Malick Anne, chef de la Division des Maladies non transmissibles (Dlmnt) et représentant du ministre Ibrahima Sy, a rappelé l’urgence d’investir dans le capital humain : «Sans une population en bonne santé, notre pays ne pourra pas produire efficacement. Face à ce constat, nous avons engagé des actions d’une valeur de 7 milliards de francs Cfa. Mais ces efforts ne suffisent pas, il nous faut agir en amont.»
Un tueur silencieux : près de 50% des hypertendus ignorent leur statut médical
Jusqu’ici performant sur le volet curatif, le système de santé sénégalais entend désormais mettre le cap sur la prévention. Le Bilan annuel ciblé se présente comme un examen structuré, adapté à l’âge, au sexe et au profil de risque de chaque individu. Il permettra de dépister précocement les facteurs de risque liés à l’obésité, au diabète ou à l’hypertension.
Le Dr Anne a particulièrement insisté sur le caractère silencieux de ces pathologies, qui évoluent souvent sans symptôme pendant des années avant de provoquer des Accidents vasculaires cérébraux (Avc), de l’insuffisance rénale ou des arrêts cardiaques. Selon les données de la Dlmnt, près de 50% des personnes hypertendues au Sénégal ignorent leur statut médical. Cette situation alimente une mortalité prématurée alarmante : 46% des décès enregistrés touchent des individus en pleine force de l’âge (40-45 ans), souvent fauchés brutalement. «Est-ce que nous allons continuer à rester les bras croisés ? C’est une situation qui entraîne des vies fauchées trop tôt. Sur le plan social, c’est un drame familial ; sur le plan économique, c’est une perte immense de productivité pour notre pays», a déploré le praticien.
Phase pilote dès 2026 : les agents de l’Etat en première ligne
Pour réussir ce pari, le gouvernement privilégie une approche méthodique et inclusive. La mise en œuvre du Bac débutera dès cette année 2026 par une phase pilote ciblant les agents du ministère de la Santé, appelés à donner l’exemple, avant d’être étendue aux autres départements ministériels, aux institutions publiques, puis au secteur informel et aux communautés.
Le déploiement du projet nécessitera une forte synergie interministérielle et l’engagement du secteur privé, des collectivités territoriales et de la Société civile. L’objectif de la rencontre multisectorielle était ainsi de valider le modèle organisationnel, de préciser les rôles de chaque acteur et de fixer un chronogramme consensuel pour faire de la prévention médicale une cause nationale.
ambodji@lequotidien.sn

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