A l’occasion du 66e anniversaire de l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale, l’artiste pluridisciplinaire Alibèta, fondateur du hub «Artiste Du Danu», organise trois jours de festivités culturelles à Ouakam, du 3 au 5 avril. Au-delà de la célébration, l’artiste lance un plaidoyer pour une véritable «indépendance culturelle», appelant à une refonte de l’éducation et à une professionnalisation accrue d’un secteur qu’il juge en crise.

Par Amadou MBODJI – A l’occasion du 66e anniversaire de l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale le 4 avril, l’artiste pluridisciplinaire Alibèta, fondateur du hub «Artiste Du Danu», propose une célébration alternative à Ouakam, du 3 au 5 avril. Entre ateliers, débats et concerts, il invite à une réflexion profonde sur la nécessité de décoloniser les savoirs pour bâtir une véritable indépendance. Pour Alibèta, la souveraineté d’un pays est un édifice dont la culture constitue la pierre angulaire. Selon l’artiste, le processus entamé en 1960 est loin d’être arrivé à son terme. «Toute indépendance est d’abord culturelle. Je ne pense pas que nous soyons aussi indépendants que nous le croyons», tranche-t-il d’emblée. Pour lui, il faut décoloniser les esprits et l’école.

Le diagnostic de l’artiste est sans appel : l’aliénation persiste, notamment à travers la langue et le système éducatif. «Quelle langue parlons-nous ? Que transmettons-nous à nos enfants ? Les programmes scolaires doivent être revus pour intégrer les savoirs de nos populations -qu’ils soient Sérères, Peuls ou Diolas», plaide-t-il. Pour lui, si 1960 a marqué une rupture démocratique et politique, un immense chantier reste ouvert pour conquérir une pleine autonomie intellectuelle et identitaire. C’est dans cet esprit que le hub culturel «Artiste Du Danu», basé à Ouakam, organise 72 heures d’activités pour célébrer le 4 avril. Alors que le défilé militaire officiel se tient cette année à Thiès, Alibèta revendique une célébration citoyenne et artistique. «Pourquoi les artistes ne célèbreraient-ils pas l’indépendance ? D’habitude, on ne voit que les militaires. Nous avons voulu créer un programme culturel d’indépendance pour réfléchir et agir là où nous sommes.»

Un programme pluridisciplinaire

A l’image de son fondateur -musicien, metteur en scène et cinéaste-, l’événement sera transversal. Le menu prévoit : des ateliers professionnels avec une initiation à la musique, à l’écriture de scénarios cinématographiques et au théâtre ; des espaces de réflexion faits de tables rondes thématiques sur les enjeux de la culture ; et des moments de fête, concerts et, en point d’orgue, le samedi, un défilé de l’indépendance populaire.

Aujourd’hui, c’est un secteur culturel en crise dans l’attente des assises. Derrière l’effervescence de l’événement, Alibèta porte un regard critique sur la situation actuelle des arts au Sénégal. S’il concède que la musique tire son épingle du jeu, il s’inquiète de la léthargie du théâtre et du cinéma. L’artiste appelle à une véritable professionnalisation du secteur et place beaucoup d’espoir dans les Assises de la culture annoncées par la tutelle. Réclamant cette concertation nationale depuis 2022, il espère que ce rendez-vous permettra enfin de faire de la culture une priorité nationale, soutenue par un financement réel de l’entrepreneuriat culturel par l’Etat.

ambodji@lequotidien.sn