Face à la recrudescence des Violences basées sur le genre (Vbg) au Sénégal, le traitement médiatique est plus que jamais sous les projecteurs. Entre stéréotypes persistants et risque de normalisation, la structure «Infos Elles», avec l’appui de l’Unesco, a lancé une série de formations pour permettre aux professionnels de l’information de devenir de véritables acteurs de la sensibilisation et du changement social.
Par Justin GOMIS – Les statistiques de l’Association des juristes sénégalaises (Ajs) sont alarmantes : sur plus de 4000 cas de violences traités, plus de 3000 concernent des femmes. Malgré l’ampleur du phénomène au Sénégal, le récit médiatique peine encore à adopter une approche protectrice et pédagogique. Pour Michel Kedmou, Conseiller Afrique de l’Ouest pour la communication et l’information au Bureau régional de l’Unesco, la responsabilité des médias est immense. «La manière dont les médias traitent ces questions peut soit amplifier le phénomène et normaliser les stéréotypes, soit contribuer à faire avancer le débat et les actions pour endiguer ce fléau», explique-t-il. L’objectif de la formation de deux jours organisée à Dakar est de transformer l’impact de la couverture journalistique. Il s’agit de bâtir une société où femmes et hommes vivent en sécurité, et où la femme exerce pleinement son rôle en toute autonomie.
Nommer les faits pour mieux sensibiliser
Alice Djiba, Directrice exécutive d’«Infos Elles», insiste sur l’aspect pédagogique de la mission du journaliste. «Le journaliste doit pouvoir nommer les choses de manière correcte. Les médias n’ont pas seulement le rôle d’informer, ils ont aussi une mission d’éducation», plaide-t-elle.
L’un des enjeux majeurs est le vocabulaire utilisé. Pour éviter les dérives sensationnalistes, un guide de reportage sera mis à la disposition des rédactions. Ce document inclura un lexique-genre pour aider les professionnels à choisir les mots justes. Comme le souligne Mme Djiba, il s’agit par exemple «de ne plus dire «coup de théâtre» pour parler d’un féminicide». Le programme ne compte pas s’arrêter à la capitale.
Après Dakar, «Infos Elles» prévoit d’étendre ces sessions de formation et de sensibilisation aux régions de Thiès, Saint-Louis, Ziguinchor et Kaolack. A travers cette initiative, «Infos Elles» et l’Unesco espèrent créer une masse critique de journalistes capables de déconstruire les préjugés et de faire de la lutte contre les Vbg une priorité de l’agenda médiatique national.
justin@lequotidien.sn

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