Le bras de fer s’intensifie entre le patronat de la presse et le gouvernement. Réuni en conférence de presse ce mercredi, le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (Cdeps) a vigoureusement dénoncé la répartition du Fonds d’appui et de développement de la presse (Fadp) pour l’exercice 2025, annonçant une saisine imminente de l’Ofnac et des tribunaux.

Par Justin GOMIS – L’indignation est à la mesure des chiffres présentés par le ministère de la Communi­cation, des télécommunications et du numérique. Au lendemain de la sortie médiatique du ministre de la Communication, le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (Cdeps), soutenu par l’Asso­ciation de la presse en ligne (Appel), a fustigé une gestion marquée par «l’opacité persistante» et des «ruptures manifestes d’égalité». Et une offensive judiciaire contre «l’opacité» est ainsi lancée par le patronat de la presse.

Le patronat de la presse ne compte pas se limiter à une simple protestation verbale. «Nous allons porter plainte au niveau de l’Ofnac pour détournement de deniers publics, détournement d’objectif, et pour toute l’opacité qui entoure la répartition du fonds», a déclaré Mamadou Wone, Directeur général du journal L’Enquête. Cette volonté d’ester en Justice a été réitérée en wolof par Maïmouna Ndour Faye, Directrice générale de la 7Tv, précisant que le Cdeps entend «saisir dans la semaine» l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac), ainsi que les tribunaux.

Les médias publics sous le feu des critiques

Le point de friction majeur réside dans la part léguée au secteur public. Selon le Cdeps, la gestion 2025 a alloué 29, 6% du budget total à la Rts, à l’Aps et au Soleil/Adp. Des montants précis ont été avancés : 197 millions de francs pour l’Aps, 190 millions pour Le Soleil/Adp et 186 341 031 francs Cfa pour la Rts.

Le Cdeps souligne qu’un média public a perçu en moyenne 187, 3 millions de francs Cfa, contre seulement 18, 1 millions pour une entreprise de presse privée. Pour l’organisation, il s’agit d’un «détournement de finalité», car le fonds est prioritairement conçu pour la presse privée, les structures publiques bénéficiant déjà du budget général de l’Etat. Plus grave encore, le Cdeps affirme que la Rts et Le Soleil ne figurent nulle part dans le décret n°2021-178 comme bénéficiaires éligibles du Fadp.

Un ministre «deux fois désavoué»

Le texte liminaire de la conférence de presse rappelle également les récents revers judiciaires du ministre de la Communication devant la Cour suprême. La Chambre administrative a en effet annulé trois arrêtés ministériels dont ceux relatifs à la plateforme «Décla­ration médias Sénégal» (Dms). Le Cdeps accuse le ministère de persister dans l’illégalité en utilisant cette plateforme Dms -jugée non conforme- pour instruire les dossiers du Fadp. Cette méthode aurait favorisé les dépôts numériques (80% de succès) au détriment des dépôts physiques (38% de succès), ces derniers ayant été soumis à une fenêtre de dépôt jugée «manifestement insuffisante», de seulement cinq jours. «Le respect de la légalité ne saurait être à géométrie variable. Il en va de l’avenir d’une presse libre, pilier essentiel de toute démocratie», note le Cdeps.

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