L’Institut africain des sciences mathématiques (Aims Sénégal) a célébré, samedi, la sortie de sa 15è promotion de Master. Réunissant 54 étudiants issus de plus de 15 pays africains, la cérémonie a mis à l’honneur l’excellence académique, l’intégration panafricaine, ainsi que le rôle stratégique de la science et de l’Intelligence artificielle dans la souveraineté du continent.
Par Alioune Badara CISS – Sur la ligne de départ de la vie professionnelle et de la recherche avancée, la cuvée 2026 de l’Institut africain des sciences mathématiques (Aims) Sénégal affiche un bilan remarquable : 100% de réussite dont 40% de femmes, avec 9 distinctions, 16 mentions «Très Bien» et 26 mentions «Bien». Formés durant 10 à 18 mois dans des spécialités de pointe -telles que la science des données, la cybersécurité et l’Intelligence artificielle-, ces jeunes scientifiques ont vocation à devenir les bâtisseurs du développement africain.
Garder le contrôle humain et éthique face à l’Ia
Prenant la parole, le professeur Mouhamadou Moustapha Fall, président du centre Aims Sénégal, a rappelé la responsabilité éthique et environnementale qui incombe à cette nouvelle génération, tout en l’incitant à conserver son esprit critique face aux technologies émergentes. «Ne renoncez jamais à fortifier votre propre cerveau. Considérez l’Intelligence artificielle comme un collaborateur, un outil précieux avec ses forces et ses limites, mais restez maîtres de votre raisonnement et n’abdiquez jamais votre capacité à penser et décider par vous-mêmes», a martelé le Pr Fall.
Il a également souligné l’urgence d’une prise de conscience environnementale à l’ère du numérique : «Notre continent subit le dérèglement climatique plus que tout autre. Prenez l’Ia par exemple : les centres de données qui la font tourner consomment l’électricité de tout un pays développé. L’Afrique doit choisir en connaissance de cause.»
Présent à la cérémonie pour représenter le ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, M. Boubacar Kamara, le professeur Hamidou Dathe, Directeur général de la recherche et de l’innovation, a salué la pérennité du modèle Aims, initié il y a près de deux décennies dans le sillage du concept de la Next Einstein Initiative (Nei). Le Pr Dathe a replacé cette remise de diplômes dans le cadre stratégique national de refondation de l’éducation : «Vous obtenez vos diplômes dans un environnement national marqué par la vision «Sénégal 2050», fondée sur la souveraineté et la prospective. L’enseignement supérieur est transversal à tous ses axes. Aujourd’hui, la réorientation du système éducatif vers les filières scientifiques est un défi national, car le taux de bacheliers scientifiques tourne autour de 15%. Nous saluons les initiatives d’Aims qui agit en amont pour susciter des vocations en Stem (Sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) et lutter contre la désertion des sciences.»
L’Etat du Sénégal, partenaire historique d’Aims depuis 2011, maintient un quota de 40% d’étudiants nationaux au sein de l’institut, préservant ainsi le juste équilibre entre ancrage local et ouverture panafricaine.
«Ne courez pas après les titres, courez après l’impact»
Parrain de la promotion, Malick Guèye, administrateur et Directeur général de Wave Digital Finance, a exhorté les récipiendaires à dépasser le cadre strict du diplôme pour viser la transformation concrète des sociétés africaines. «Ce qui fera la différence ne sera pas seulement ce que vous avez appris, mais surtout ce que vous choisirez d’en faire. Ne courez pas après les titres, courez après l’impact. Vous avez bénéficié d’un lourd investissement : votre devoir est désormais de transmettre à vos jeunes frères et sœurs pour les tirer vers le haut», a conseillé M. Guèye.
L’esprit Aims : «L’intelligence collective construit des nations»
Porte-parole de ses pairs, Abdou-Latifou Kedjeri, délégué des étudiants, a livré un témoignage poignant sur l’intensité de la formation, rythmée par les cours en anglais, les évaluations éclair et les nuits d’études, tout en saluant la fraternité née de cette diversité culturelle. «Nous sommes venus de 16 pays avec des langues et cultures différentes, mais nous avions le même rêve : utiliser la science pour transformer l’Afrique. Aims ne nous a pas appris la facilité, il nous a appris à penser et à persévérer. L’intelligence individuelle ouvre des portes, mais l’intelligence collective construit des nations», a-t-il affirmé sous les applaudissements.
En visant à terme un objectif de 60% de femmes au sein de ses effectifs, Aims Sénégal poursuit sa mission : prouver que l’Afrique n’est pas seulement le continent des défis, mais avant tout le foyer des solutions scientifiques de demain.
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