Face à l’immensité de la zone Sar de Dakar et à la vulnérabilité des liaisons transfrontalières, le Sénégal a réuni, à la Somone, les décideurs de six pays et institutions de l’aviation civile. L’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (Anacim) y a lancé un vibrant appel à la mutualisation urgente des moyens de secours et de recherche d’aéronefs en détresse, afin d’optimiser les délais d’intervention et de sauver davantage de vies.
Par Alioune Badara CISS – Face aux défis majeurs posés par les urgences aéronautiques et maritimes dans la sous-région, le Sénégal a réuni, à la Somone, les acteurs clés de la région de recherche et de sauvetage (Search and Rescue – Sar) de Dakar. L’objectif de cette rencontre stratégique est de passer d’initiatives ponctuelles à une coalition régionale pérenne et réactive. Fer de lance de cette dynamique, le Directeur général de l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (Anacim), Dr Ndiaga Basse, a plaidé pour la mise en place d’un dispositif interconnecté, rappelant avec force que «la détresse ne connaît pas de frontières».
Devant les délégations de six Etats (Sénégal, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie) ainsi que les représentants d’organisations partenaires comme l’Oaci et l’Asecna, le patron de l’aviation civile sénégalaise a placé la préservation de la vie humaine au cœur des priorités. Il a souligné la complexité géographique de la zone couverte : «La région de recherche et de sauvetage de Dakar s’étend sur un espace particulièrement vaste, caractérisé par une imposante composante maritime et des flux de navigation internationaux considérables.»
Vers une véritable synergie opérationnelle
Pour le Directeur général de l’Anacim, l’heure n’est plus aux interventions isolées. Il a vivement exhorté les pays membres à faire de la mutualisation des ressources une «réalité opérationnelle permanente», structurée autour de procédures harmonisées, de canaux de communication sécurisés et d’exercices conjoints périodiques.
Rappelant que les moyens de secours les plus proches d’un sinistre se trouvent fréquemment dans un pays voisin, le Dr Basse a fixé le cap : «Le succès de cet atelier se mesurera surtout à notre capacité collective à réduire les délais d’intervention et à sauver davantage de vies.»
Combler les failles de la coordination sous-régionale
L’urgence de cet appel résonne particulièrement au regard du bilan alarmant dressé par Serge Gy, responsable régional de l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci). Selon ses données, «moins de 20% des accords Sar conclus entre les Etats membres sont aujourd’hui mis en œuvre de manière constante et systématique». Une carence structurelle, attribuée à l’absence d’un cadre formel d’échange d’informations, qui freine la réactivité des secours et justifie la refonte des protocoles engagée à la Somone.
Chaque minute compte pour les secours
Prenant la parole, le Général de brigade aérienne Pape Aliou Cissé, Chef d’état-major de l’Armée de l’air et directeur du Centre de coordination et de sauvetage (Ccs) de Dakar, a rappelé la charge titanesque qui incombe à ses équipes sur une zone d’intervention couvrant plus de 8 millions de kilomètres carrés.
Insistant sur le fait que face à une disparition ou un accident d’aéronef, le facteur décisif n’est pas diplomatique mais chronométrique, il a martelé : «Chaque minute gagnée dans la coordination est une vie préservée.» Saluant au passage le rôle d’alerte déterminant joué par l’Asecna, l’officier général s’est engagé à faire du Ccs de Dakar une plateforme modernisée et exemplaire à l’échelle ouest-africaine.
Les travaux de cet atelier doivent désormais déboucher sur un plan d’actions régional assorti de mémorandums d’entente contraignants, garantissant qu’aucun signal de détresse émis dans l’espace aérien régional ne reste sans réponse immédiate.
abciss@lequotidien.sn

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