A l’initiative de la célèbre compagnie «Ngeweul Rythme», la mythique Place Santessou de Mbour a vibré au rythme de l’événement culturel «Nguenteli 2026». Entre héritage ancestral, messages de paix et innovation, ce grand rendez-vous populaire a été marqué par le baptême mystique d’un instrument de percussion inédit, exclusivement réservé aux femmes. Le retour aux sources d’une troupe internationale.

Par Alioune Badara CISS – Le rythme résonne à nouveau au cœur de la Petite-Côte. Après une retraite aux flambeaux qui a embrasé les rues du quartier Santessou la veille au soir, la compagnie sénégalaise de percussions «Ngeweul Rythme» a donné le coup d’envoi du festival «Nguenteli 2026». Habituée aux scènes feutrées des grands complexes hôteliers et aux théâtres internationaux, la troupe dirigée par Cheikh Ma Djimbira Ndiaye dit «Ndigueul Mc» a fait le choix fort de retourner à la source en investissant l’espace public. «Nous avons toujours joué dans de grands spectacles ou dans les hôtels. Cette fois-ci, nous avons pensé qu’il fallait nous rapprocher de notre public. Nous devons montrer nos tambours à nos tantes, nos «badiènes» et nos grand-mères», explique le leader de la compagnie.

Pour ce faire, le choix de la ville de Mbour et de la Place Santessou ne doit rien au hasard. Véritable miroir de la diversité culturelle du pays, la commune accueille pour l’occasion des artistes venus de sept régions du Sénégal (Saint-Louis, Louga, Diourbel, Dakar, Thiès, Kaolack et Casamance). «Mbour, c’est le carrefour du Sénégal. C’est ici que l’on retrouve toutes les ethnies. C’est pourquoi nous avons préféré cette place mythique de Santessou, qui est un lieu sacré», confie Cheikh Ma Djimbira Ndiaye.

Un instrument hybride et sacré, exclusivité des femmes

Le clou du spectacle reposait sur un événement exceptionnel : le baptême mystique d’un instrument de percussion unique, conçu par le sculpteur Amadou Sow. Préservé des regards sous des draps sacrés jusqu’au moment de sa révélation, ce tambour fusionne plusieurs traditions de l’Afrique de l’Ouest : sa taille s’inspire du «bougarabou» de Casamance ; sa forme rappelle le «djembé» ; sa confection est empruntée au «sabar», son décor est hérité du «sowrouba» et son diamètre s’apparente à celui du «dumdum».

Selon l’organisateur, ce nouvel instrument porte une double ambition : unifier le continent et valoriser le rôle des femmes. Au total, sept de ces tambours seront introduits -un chiffre hautement symbolique représentant «l’ouverture et le futur». Autre particularité, les musiciennes arboreront un style de jeu novateur. «La spécificité de ce tambour, c’est qu’il sera joué exclusivement par des femmes. La femme symbolise le sacré, la vie, le futur et la transmission», déclare le leader du groupe. «De plus, alors que l’on a l’habitude de voir le «sabar» se jouer avec une seule baguette, nous avons choisi de faire jouer les femmes avec deux baguettes.»

Pour Cheikh Ma Djimbira Ndiaye, ce tambour hybride porte un message politique et culturel fort : «C’est un instrument profondément africain qui va sceller l’unité de tous les tambours. Nous voulons montrer que l’Afrique est une, indivisible, et qu’elle peut battre au même rythme. L’Afrique peut danser sur ses propres pas.»

70 artistes sur scène pour un plaidoyer de paix

Soutenu par la mairie de Mbour, les communautés locales et l’agence Esprit d’Afrique, le spectacle a offert une immersion totale au public. Pas moins de 70 percussionnistes, danseurs, comédiens et chanteurs ont partagé la scène aux côtés de masques traditionnels, chargés d’ouvrir les festivités. La création met à l’honneur toute la richesse patrimoniale du pays en réunissant les familles du «sabar», du «tama», du «tabala», du «sowrouba», du «djembé», du «bougarabou», du «khine» et du «dumdum».

Au-delà de la performance artistique, «Nguenteli 2026» se veut un plaidoyer vibrant pour la cohésion sociale et la paix au Sénégal, dans un contexte so­cio­politique délicat. En convoquant la tradition des griots dont il est issu, le chef de file de «Ngeweul Rythme» a tenu à formuler un message de concorde nationale, enrichissant les valeurs traditionnelles de dialogue : «Quand on parle du Sénégal actuel, on évoque souvent le «Jub, Jubal, Jubanti» (la droiture, la réconciliation, le redressement). De mon côté, j’y ai ajouté deux notions : «Jubo» et «Jubole» (l’entente et l’union). Il faut que le Sénégal reste uni.»

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