Déterminé à briser le «mur de l’impunité», le Collectif des familles des martyrs a manifesté, ce samedi à Dakar, pour exiger des poursuites pénales. Entre dénonciation d’une Justice à l’arrêt et opposition frontale à une nomination de Macky Sall à l’Onu, les familles des victimes placent le nouveau régime face à ses promesses de rupture.

Par Justin GOMIS – Réunies ce samedi à Dakar pour une marche de protestation, les familles des victimes des événements politiques survenus entre 2021 et 2024 exigent l’ouverture d’enquêtes crédibles. Soutenues par Amnesty International, elles dénoncent une «justice sélective» et s’opposent fermement à toute promotion internationale de l’ancien Président Macky Sall au sein de l’Onu. «Nos proches ne sont pas des chiffres.» Le cri de détresse des familles se répète.

Le Collectif des familles des martyrs ne compte pas lâcher du lest. Sa détermination à obtenir justice pour les victimes du régime précédent est restée intacte. Ce samedi, avec l’appui d’Amnesty International, de citoyens engagés et d’acteurs de la Société civile, le collectif a marché pour dire «non à une paix de l’impunité», et rétablir la vérité sur les tragédies ayant marqué le Sénégal ces dernières années. Clémentine Coly (Madame Mancabou), porte-parole du jour, a rappelé avec émotion la dimension humaine de ce combat : «Nos fils, nos filles, nos frères et nos maris ne sont pas des chiffres. Ce sont des vies brisées, des rêves interrompus et des familles à jamais marquées par la douleur et l’injustice.»

Le blocage judiciaire pointé du doigt

Seydi Gassama, directeur d’Amnesty International Sénégal, a déploré un «statu quo» persistant. «Pendant trois ans, aucune plainte n’a été instruite. Il y a eu un blocage évident de la Justice», a-t-il affirmé. Si des auditions ont débuté en octobre dernier à la Section de recherches, M. Gassama s’inquiète de l’absence de suite à Dakar et de l’inaction totale dans les régions (Saint-Louis, Ziguinchor, Kolda). «On dénombre plus de 105 morts. Il est impossible que ces victimes soient passées par pertes et profits pour simplement calmer les esprits», a-t-il martelé. Il appelle le Président Bassirou Diomaye Faye à poser des «actes forts» de rupture, citant des cas emblématiques tels que Pape Abdoulaye Touré, ou Cheikh Wade dont l’exécution par un policier identifié a été filmée sans qu’aucune arrestation ne suive à ce jour.

Un veto ferme contre Macky Sall à l’Onu

L’autre point d’achoppement concerne l’avenir international de l’ancien président de la République. Pour le collectif et ses alliés, la responsabilité de Macky Sall dans ces violations est directe. «Il est inacceptable qu’une organisation comme les Nations unies dont la mission est de promouvoir les droits humains, veuille porter à sa tête un homme dont le régime a commis de graves exactions», a soutenu Seydi Gassama.

Le collectif rejoint cette position et rejette catégoriquement toute ambition de l’ancien chef d’Etat pour le poste de Secrétaire général de l’Onu, ou toute autre haute fonction internationale. Ils lancent un appel solennel à la Com­munauté internationale pour que la «souffrance des victimes» prime sur les «considérations diplomatiques».

Dans leur manifeste final, les familles exigent l’ouverture immédiate d’enquêtes indépendantes et transparentes ; l’identification et le jugement de tous les responsables, quel que soit leur rang ; et des actes symboliques et concrets de la part des nouvelles autorités pour rompre définitivement avec l’impunité. «Nous resterons mobilisés jusqu’à ce que vérité, justice et réparation soient pleinement obtenues», a conclu Clémentine Coly.

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