Fraîchement installé à la présidence du Centre des jeunes dirigeants international du Sénégal (Cjdi), Mamadou Djigo dresse un constat sans concession sur l’écosystème entrepreneurial local. Entre étouffement fiscal et nécessité de restructuration interne, il appelle à des réformes systémiques pour laisser aux jeunes structures le temps de grandir, d’innover et de recruter.

Par Amadou MBODJI – Nouveau coprésident du Centre des jeunes dirigeants international du Sénégal (Cjdi), Mamadou Djigo estime que les jeunes structures ne disposent pas d’assez de temps pour se développer au Sénégal, principalement en raison d’une pression fiscale précoce. «Il y a une volonté d’alléger les charges fiscales des structures, mais je pense qu’il reste encore beaucoup à faire. Aujourd’hui, en tant que jeune entreprise, on n’a pas le temps de grandir. On nous étouffe un peu trop vite sous la pression fiscale», regrette M. Djigo.

Pour inverser la tendance, le coprésident du Cjdi esquisse des pistes de réflexion urgentes : «je pense qu’il y a d’autres modèles à créer. Au lieu de chercher à puiser au maximum dans les entreprises privées, il faudrait plutôt créer les conditions pour qu’elles puissent recruter massivement. Plus il y a d’emplois, plus il y a de personnes qui créent de la valeur, plus il y a d’échanges, de consommation et de recours aux crédits bancaires. C’est cela l’économie circulaire : chacun s’alimente, tire profit de l’activité de l’autre. Aujourd’hui, tel n’est malheureusement pas le cas, mais nous espérons que des décisions seront prises dans les plus brefs délais», poursuit celui qui assure désormais la direction du Cjdi aux côtés de Malaye Ndao, en remplacement de Mme Marième Ba.

Anticiper face à la crise

Selon lui, ces inquiétudes face au fisc sont largement partagées par les entrepreneurs nationaux. Toutefois, cette réalité met en évidence la responsabilité même du dirigeant, appelé à naviguer dans un environnement incertain. Pour s’en sortir, Mamadou Djigo préconise de renforcer la structuration interne des entreprises, d’optimiser l’organisation opérationnelle et de miser sur la formation continue des collaborateurs. C’est là qu’intervient la mission du Cjdi, souvent qualifié d’«école des dirigeants». L’association se donne pour objectif d’outiller ses membres afin qu’ils puissent anticiper les crises et prendre les décisions appropriées.

Le diagnostic du terrain reste lucide : fermeture d’entreprises, recours au chômage technique… des réalités que le coprésident qualifie de bien visibles. C’est pourquoi il plaide pour une approche systémique associant l’ensemble des ac­teurs du secteur. Pour Ma­madou Djigo, la clé réside dans une meilleure implication des jeunes pousses dans les cercles de réflexion nationaux. Sa con­clusion sonne comme un mot d’ordre : «Il faut donner l’opportunité aux entrepreneurs de commettre des erreurs sans pour autant mourir.»

ambodji@lequotidien.sn