Devant la délégation gouvernementale conduite par le ministre de l’Intérieur et un parterre de dignitaires religieux réunis ce lundi 18 Safar pour la cérémonie officielle du Grand Magal 2026, Cheikh Bassirou Abdou Khadre a porté la voix du Khalife général des Mourides. Entre réquisitoire contre un monde «cruel qui s’autodétruit», appel ferme à la sécurité routière et rénovation de la grande mosquée, le porte-parole a également mis en lumière l’impact économique vertigineux de l’événement -plus de 629 milliards F Cfa pour 6 millions de pèlerins- tout en alertant sur les défis d’accessibilité futurs.

Par Moustapha SENE (Correspondance particulière) – C’est dans une atmosphère empreinte de ferveur, de solennité et d’une intense piété que s’est tenue hier la cérémonie officielle marquant la fin du grand Magal de Touba. Ras­semblant plusieurs millions de fidèles venus de toutes les régions du Sénégal et de la diaspora, cet événement commémore le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba Kha­dimou Rassoul, fondateur du Mouridisme. La tribune officielle a vu converger l’appareil d’Etat et les plus dignes représentants de la hiérarchie maraboutique pour un moment fort de communion, de vérité spirituelle et de cadrage socio-économique.

La délégation gouvernementale était conduite par le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Makhtar Cissé, accompagné d’un important collège ministériel comprenant Cheikh Ti­diane Dièye, Alioune Dione, Cheikhou Omar Bâ, Samba Diouf, Abdou Lahad Ndiaye et Babacar Sarr, aux côtés du Gouverneur de la région de Diourbel. Après l’intervention du ministre de l’Intérieur réaffirmant le soutien de l’Etat à la cité sainte, la parole est revenue à Cheikh Bassirou Abdou Kha­dre Mbacké («Cheikh Bass»), porte-parole officiel du Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké.

Dès l’entame de son allocution, Cheikh Bass a tenu à re­placer la célébration du Magal dans sa dimension purement théologique et historique. Il a rappelé avec insistance que ce jour constitue une occasion privilégiée de rendre grâce à Dieu pour les faveurs accordées au vénéré guide Cheikh Ahmadou Bamba dont l’unique ambition terrestre fut de restaurer le message originel de l’islam et de guider les hommes vers la connaissance et la pratique sincère de leur religion. «Cet événement est un moment pour rendre grâce à Dieu pour tous les bienfaits et privilèges accordés à Serigne Touba dont la mission est de redorer le blason à l’islam, aider les hommes à mieux connaître leur Seigneur et à mieux pratiquer leur religion.

Cette ville qu’est Touba est une terre bénite qui n’a été fondée par son propriétaire que pour louer le Créateur et L’adorer. C’est cette quête de proximité divine qui l’a amené à être exilé, à être séparé de sa famille et de ses disciples pour aller endurer les affres de la vie», a-t-il déclaré au nom du khalife. Ce rappel de la genèse de Touba prend une résonance particulière dans le monde contemporain : la cité sainte n’a pas été conçue comme une simple métropole commerciale ou urbaine, mais comme un refuge spirituel forgé dans l’épreuve de l’exil et le sacrifice personnel de son fondateur face à l’oppression coloniale.

«Le monde est devenu cruel et s’autodétruit»

Le moment le plus marquant du discours du porte-parole a indéniablement été son analyse sans concession de la situation géopolitique et morale internationale. Loin des formules conventionnelles, Cheikh Bass a dressé un tableau sombre mais lucide d’une humanité en perte de repères éthiques, gangrenée par la violence et le dérèglement moral. «Le monde est devenu cruel et s’autodétruit progressivement. Le mal s’intensifie et les mauvaises compétences se multiplient chez l’humain. Les guerres, le niveau important de morts, et tous ces actes posés et qui provoquent la colère divine, sont les raisons qui ont poussé Serigne Touba à s’engager, à se battre pour le salut hu­main.»

Face à cette dérive belliqueuse et matérialiste des sociétés modernes, la philosophie mouride propose une alternative fondée sur la purification spirituelle, la recherche de la paix intérieure et la fraternité. Le combat du Cheikh est ainsi présenté comme un investissement perpétuel pour la sauvegarde de la dignité humaine face aux démons de la destruction.

La cérémonie officielle s’est conclue dans un climat de ferveur et de bénédictions accordées à la Nation, en présence de nombreuses éminentes figures de la famille de Serigne Touba venues entourer le Khalife général, parmi lesquelles : Serigne Mourtadha Ibn Serigne Fallou Mbacké, Serigne Fallou Ibn Serigne Mourtadha Mbacké, Serigne Moustapha Abdou Lakram Mbacké, Serigne Cheikh Aliou Mbacké.

En réunissant dirigeants politiques, dignitaires religieux et millions de fidèles, la cérémonie officielle du Magal 2026 aura une nouvelle fois montré que Touba ne constitue pas seulement le cœur battant du Mouridisme, mais demeure un régulateur moral, social et économique de premier plan pour tout le Sénégal.