Le report des activités marquant la Journée mondiale du paludisme n’entame en rien la dynamique. Au contraire, les autorités sanitaires assument un réajustement stratégique, dans un contexte de progrès jugés «historiques» et d’une trajectoire crédible vers l’élimination d’ici 2030.
Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Le report des célébrations du 25 avril, dédiées à la lutte contre le paludisme, s’explique par des impératifs d’organisation et de coordination. «Nous avons procédé à un réajustement du calendrier pour garantir une meilleure mobilisation de l’ensemble des acteurs. Ce report ne signifie en aucun cas un ralentissement de nos activités», affirme Pr Aliou Thiongane, coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme (Pnlp). Le spécialiste insiste sur la continuité des actions sur le terrain. «La lutte contre le paludisme se mène au quotidien. Les interventions se poursuivent normalement dans toutes les régions du pays. Nous avons simplement voulu reprogrammer cet événement pour lui donner plus d’impact», explique-t-il.
Revenant sur les performances enregistrées, le Pr Thiongane se veut précis : «En 2025, l’incidence du paludisme est descendue à 12, 8 cas pour mille habitants, contre 22, 8 en 2024. C’est une baisse significative. Dans le même temps, nous avons réduit de moitié le nombre de décès, passant de 314 à 151. Ces résultats traduisent l’efficacité des stratégies mises en œuvre.» Sur le long terme, les avancées sont encore plus marquées. «Si l’on considère la période 2000-2025, la morbidité proportionnelle liée au paludisme est passée de 35% à 1, 4%, et la mortalité proportionnelle à 0, 7%. Cela montre que nous avons profondément transformé la situation épidémiologique du pays», souligne-t-il. Ces progrès rapprochent le Sénégal de son objectif d’élimination. «Aujourd’hui, 73 districts sanitaires sur 79 sont en phase de pré-élimination, soit plus de 92%. Nous sommes clairement sur une trajectoire d’élimination à l’horizon 2030», affirme le coordonnateur du Pnlp.
Mais Pr Thiongane appelle à la vigilance. «Il existe encore des foyers de transmission actifs, notamment à Touba, Diourbel, Kaolack, Kédougou, Tambacounda et Kolda. Nous devons y intensifier les interventions pour consolider les acquis.» Il met également en avant les défis liés à certaines populations spécifiques. «Les transhumants, les orpailleurs et les enfants talibés sont des groupes particulièrement exposés. Nous devons adapter nos stratégies pour mieux les atteindre.» Autre point d’attention : les risques externes. «Le changement climatique et les mouvements transfrontaliers peuvent favoriser la réintroduction du paludisme. C’est pourquoi nous renforçons la surveillance épidémiologique et les dispositifs de prévention», indique-t-il.
Dans cette phase décisive, la mobilisation communautaire reste essentielle. «Le thème de cette année, «Maintenant nous pouvons, maintenant nous devons», traduit notre niveau d’engagement. L’élimination du paludisme est à notre portée, mais elle nécessite l’implication de tous», insiste le professeur. Il rappelle enfin les gestes essentiels à adopter. «Dormir sous moustiquaire imprégnée, consulter rapidement en cas de fièvre et suivre correctement les traitements sont des comportements simples qui sauvent des vies.»
Le rôle des médias est également salué. «Vous contribuez à maintenir la vigilance et à relayer les messages de prévention auprès des populations», souligne-t-il. Pr Aliou Thiongane reste confiant mais prudent : «Le Sénégal dispose aujourd’hui de bases solides pour éliminer le paludisme. Mais cela exige rigueur, constance et une mobilisation continue de tous les acteurs.»
latifmansaray@lequotidien.sn

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