Dans une lettre ouverte incisive adressée au chef de l’Etat à l’occasion du Nouvel An, le collectif citoyen «Rappel à l’ordre» dresse un bilan sans concession de la Gouvernance actuelle. Entre promesses de rupture non tenues, préoccupations économiques et exigences de justice, le collectif somme le Président Bassirou Diomaye Faye de passer des paroles aux actes.

Le réveil est brutal en ce début d’année 2026 pour le pouvoir en place. Alors que le Président Bassirou Diomaye Faye s’apprête à tracer les perspectives de la nouvelle année, le collectif «Rappel à l’Ordre» a décidé de lui rafraîchir la mémoire. Dans un document public, ces citoyens engagés interpellent directement le locataire du Palais sur ce qu’ils considèrent comme une «lenteur» préoccupante dans la concrétisation des promesses électorales.

Justice et droits humains : le point de rupture ?

Le premier grief du collectif porte sur le secteur de la justice. Malgré les engagements de rupture, le mouvement dénonce la persistance des «arrestations arbitraires» et des «détentions préventives prolongées». Le cas de certaines figures comme Mabinetou Diaby, Farba Ngom et Maodo Malick Mbaye est explicitement mentionné : le collectif demande leur libération provisoire pour raisons de santé, au nom de l’humanité. Plus grave encore, le collectif exige l’abrogation de la loi d’amnistie concernant les événements tragiques de 2021-2024. Pour «Rappel à l’Ordre», les 87 victimes ne peuvent être oubliées. «Aucune réconciliation durable ne peut se construire sur l’impunité», martèle le document, réclamant que les responsables de ces morts soient traduits devant les tribunaux.

Transparence : le mystère des «10% du pétrole»

Sur le plan économique, le collectif pointe du doigt un manque de transparence concernant la gestion des ressources naturelles. La promesse de réserver 10% des revenus pétroliers aux générations futures semble, selon eux, rester floue. «Où en est concrètement ce fonds ? Quels montants ont été provisionnés ?», s’interroge le collectif, exigeant des documents publics pour éclairer les Sénégalais sur la gestion de leur patrimoine.

L’inquiétude gagne également le terrain social. Le texte dénonce une vague de licenciements abusifs dans les entreprises publiques, où des travailleurs seraient remplacés par des «militants politiques». Parallèlement, le sort des marchands ambulants, déguerpis sans solutions de recasement, est présenté comme un symbole d’un mépris social grandissant.

Une économie sous tension et une urgence sécuritaire

Le collectif ne manque pas de souligner les nuages qui s’amoncellent sur l’économie nationale, notamment l’absence d’accord formel avec le Fonds monétaire international (Fmi). Cette impasse fait craindre une érosion du pouvoir d’achat et une menace sur la souveraineté économique du pays.

Enfin, sur le volet sociétal, l’alerte est rouge : avec 18 féminicides enregistrés en 2025, le collectif exige une réponse judiciaire «ferme et exemplaire». La mise en œuvre des réformes issues des Assises de la justice, notamment l’activation du Juge des libertés, est présentée comme une urgence absolue.

«Nous attendons des actes»

Loin d’une simple déclaration d’opposition, cette lettre se veut, selon ses auteurs, une «interpellation responsable». Le message envoyé à Bassirou Diomaye Faye est clair : le temps de la grâce est terminé. Le Peuple sénégalais, par la voix de «Rappel à l’ordre», réclame désormais des preuves tangibles de la «rupture» promise lors de la Présidentielle.

Le président de la République saura-t-il répondre à ces attentes lors de ses prochaines sorties ? Le collectif, lui, prévient : il n’y aura pas de stabilité sans vérité ni responsabilité.