Comme on pouvait s’y attendre, la question de l’homosexualité -sous le feu des projecteurs après plusieurs arrestations récentes dans le pays- s’est invitée à l’Hémicycle. Face aux députés, le Premier ministre a adopté un ton d’une grande fermeté pour défendre l’application de la législation en vigueur. Selon lui, le texte sera appliqué «de manière impartiale et dans toute sa rigueur». «La loi, par essence, est impersonnelle. Une fois qu’elle est votée, elle sera appliquée de manière impartiale, dans toute sa rigueur», a martelé le chef du gouvernement, tout en dénonçant «l’hypocrisie» d’une partie de la classe politique. «Malheureusement, ceux qui, pendant des années, ont refusé d’en parler, puis ont refusé de la voter sous notre magistère, sont ceux qui en parlent le plus aujourd’hui», a-t-il attaqué.

Faisant visiblement allusion à l’interpellation récente de l’un de ses proches, le leader de Pastef a insisté sur le fait que la Justice ne ferait aucune distinction de rang ou de statut : «Ministre, président, ami ou autre… tout le monde est concerné.» Exigeant une application «totale, impartiale et intégrale» du texte, il s’est dit prêt à aller plus loin si nécessaire : «S’il y a même lieu de durcir à nouveau, on le fera, parce qu’il y va des intérêts supérieurs de cette Nation.»

Le Premier ministre a également profité de la tribune pour rejeter fermement les ingérences extérieures, ciblant explicitement Paris. «J’ai entendu beaucoup de spéculations dans des pays étrangers, particulièrement la France. S’ils ont opté pour ces pratiques que je ne veux même pas nommer, c’est leur problème. Nous n’avons pas de leçons à recevoir d’eux», a-t-il asséné. Poursuivant sa diatribe, il a pointé du doigt les contradictions occidentales en matière de tolérance, citant l’exemple «d’une avocate attaquée parce qu’elle porte un foulard sur la tête».

Sur le plan sanitaire, notamment concernant la lutte contre le Vih, Ousmane Sonko a affirmé que l’ambition de l’Exécutif dépassait la simple volonté de «casser la chaîne de transmission», visant ouvertement à «éradiquer le phénomène». Lancé dans un discours profondément souverainiste, il a fustigé la pression culturelle exercée par «un petit noyau appelé l’Occident», qui représente, selon lui, «moins de 5% de la population mondiale». Enfin, coupant court aux appels au compromis de certains intellectuels nationaux, le chef du gouvernement a tranché net : «Il n’y aura pas de moratoire.»

Par D. KANE – dkane@lequotidien.sn