A travers «Résistance, Chronique de la Révolution patriotique du Sénégal, les années de braises», le journaliste et communicant, Ibrahima Diallo, revient sur les événements politiques qui ont marqué le Sénégal entre 2021 et 2024. Un récit qui met en lumière les conséquences humaines de la crise et le rôle des confréries religieuses.

Par Mame Woury THIOUBOU – Chaque matin, devant les maisons d’arrêt de Dakar, la même scène se répète. Des femmes, pour la plupart mères ou épouses de détenus, patientent devant les portails des prisons de Rebeuss, du Camp pénal, du Cap Manuel, de Rufisque ou encore de Sébi­kotane. Dans son ouvrage, Ibrahima Diallo décrit ces rassemblements comme l’un des visages les plus marquants de la crise politique sénégalaise de 2021 à 2024 et qui a abouti à l’arrivée au pouvoir du parti Pastef. Ces établissements pénitentiaires, déjà confrontés à une surpopulation chronique, ont vu affluer de nombreux détenus, qualifiés de «politiques». Selon l’auteur, cette situation a eu des répercussions directes sur les équilibres familiaux, notamment dans les foyers les plus modestes. L’incarcération d’un fils ou d’un époux, parfois principal soutien économique, entraîne une précarisation brutale des familles. Dans ce contexte, les femmes occupent une place centrale, dit-il. Elles assurent la continuité du foyer, prennent en charge les enfants laissés derrière et maintiennent le lien avec les détenus, tout en portant une souffrance psychologique rarement prise en compte.

Ziguinchor : le deuil comme point de rupture

Au-delà des arrestations, la répression a également fait des morts. A Ziguinchor, dans le Sud du pays, plusieurs familles ont été endeuillées lors des manifestations de 2023. Les quelques pages partagées par l’auteur reviennent notamment sur le décès de Sidya Diatta, 27 ans, étudiant à l’Ucao, tué par balle le 1er juin 2023. «A 14h, ce jour-là, quand elle reçoit un appel du téléphone de son fils, Maman Marie était en pleins travaux dans son périmètre maraîcher à Mamatoro. La voix féminine au bout du fil l’invite à rejoindre d’urgence l’hôpital régional pour assister son fils qui venait d’être admis dans un état critique. Quelques minutes après, la même voix lui annonce finalement la mort de Sidya Diatta. La douleur la plonge dans une course folle, pieds nus, cœur en larmes jusqu’à l’Hôpital régional. Là, elle constate le corps ensanglanté de son Sidya. Comment ont-ils pu tuer mon enfant ? Qu’a-t-il fait pour mériter ce sort ? Ces questions ne quittent plus Marie Sam­bou», raconte l’auteur. Un autre aspect qu’évoque le livre, c’est le rôle des autorités religieuses, en particulier le Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké, qui avait demandé à Ousmane Sonko de mettre fin à sa grève de la faim. Pour l’auteur, cette médiation dépasse le cadre strictement religieux. Elle s’inscrit dans une tradition sénégalaise où les guides spirituels jouent un rôle de régulation sociale et politique, notamment en période de fortes tensions.

Dans Résistance, Ibrahima Diallo inscrit les mobilisations contemporaines dans une continuité historique. Il rappelle que le Sénégal a connu, à différentes périodes, des figures et des mouvements de résistance face à l’oppression, qu’elle soit coloniale ou post-coloniale. «Darou Mouhty est une terre d’ouverture à la science isla­mique, mais aussi le berceau de l’idéologie souverainiste au Sénégal. Son fondateur, Mame Thierno Bi­rahim Mbacké, est certainement le précurseur du concept de développement par le territoire», rappelle Ibra­hima Diallo.

L’œuvre de l’ancien journaliste de la 2Stv s’inscrit ainsi dans une dynamique politique épousant les idéologies du parti au pouvoir Pastef. Résistance, Chronique de la Révolution patriotique du Sénégal, les années de braises, qui sera présenté, ce samedi, au public, présente des témoignages sur une période de fortes tensions politiques. L’auteur s’appesantit sur les conséquences hu­maines de la crise et soulève des interrogations sur la place du politique et le rôle des médiations sociales et religieuses dans la préservation de la stabilité nationale.

mamewoury@lequotidien.sn