Depuis 2019, les centrales flottantes de Karpowership fournissent un cinquième de l’électricité du Sénégal. Alors que le pays vise l’accès universel à l’électricité en 2029 et prépare l’exploitation de son propre gaz, l’opérateur défend son terminal Gnl (Gaz naturel liquéfié) au large de Dakar et son modèle «rapide et flexible».
Karpowership poursuit l’expansion et la diversification de sa flotte mondiale. Vous avez récemment lancé la construction de quatre nouveaux Powerships de classe Sea Lion, d’une capacité de 300 Mw chacun, dont la livraison est prévue au cours du premier semestre 2028. Que représente cette nouvelle classe pour l’avenir de votre flotte et à quels marchés est-elle destinée ?
La classe Sea Lion a été conçue pour répondre à l’évolution des besoins énergétiques des pays du monde entier, en offrant des solutions de production électrique rapides, flexibles et performantes.
Notre flotte de Powerships se compose de différentes classes dont les capacités s’échelonnent de 30 Mw à 600 Mw, ce qui nous permet d’adapter nos solutions aux besoins énergétiques propres à chaque pays.
Ce qui distingue la classe Sea Lion de 300 Mw, c’est sa turbine à gaz à cycle combiné et sa capacité à fonctionner avec plusieurs combustibles. Cela signifie plus de rendement, moins d’émissions, davantage de souplesse.
Elle n’est pas destinée à un marché en particulier. Elle peut être déployée dans n’importe quel pays, quel que soit le stade de sa transition énergétique.
Depuis une dizaine d’années, Karpowership est présent dans huit pays africains dont le Sénégal. Ce portefeuille a-t-il évolué ?
Oui, notre portefeuille a significativement grandi. Nous sommes intervenus dans 11 pays africains, des contrats déjà achevés aux partenariats toujours en cours. Aujourd’hui, le groupe est présent dans plus de 20 pays et exploite des centrales dans 14 d’entre eux, en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et sur le continent américain. Cette croissance traduit à la fois la demande grandissante d’une électricité rapide et fiable, et la flexibilité de notre modèle.
Notre flotte compte 45 Powerships, soit une capacité installée de 8500 Mw. Cela nous permet de répondre aussi bien à une urgence, tel qu’un déficit d’électricité à combler rapidement, qu’à une stratégie de transition sur le long terme.
Au Sénégal, vous contribuez à la production d’électricité depuis près de 7 ans. A quel niveau de production vous situez-vous actuellement ?
Nous sommes au Sénégal depuis 2019. Nos Powerships y totalisent 335 Mw installés et couvrent 20% de la demande nationale en électricité. C’est une part importante de la production du pays et de la stabilité de son réseau, que nous assurons en étroite collaboration avec la Senelec.
Quel est votre rôle dans la stratégie Gas-to-Power du Sénégal ?
Nous avons réalisé, au large de Dakar, le premier projet Lng-to-Power d’Afrique. Depuis août 2025, nous fonctionnons à 100% au gaz. C’est une étape importante dans la transition énergétique du Sénégal. Nous fournissons ainsi une solution intégrée, qui couvre le stockage et la regazéification du gaz en mer aussi bien que les infrastructures nécessaires à son acheminement jusqu’à nos Powerships.
Cette solution a permis au Sénégal d’amorcer le passage des combustibles liquides vers un gaz naturel plus propre, tout en préservant une alimentation électrique fiable et flexible. Le navire-terminal Gnl n’a pas seulement converti l’approvisionnement en combustible de nos Powerships, il offre également la possibilité de fournir du gaz naturel regazéifié aux centrales terrestres du pays, élargissant considérablement la disponibilité du gaz naturel dans l’ensemble du secteur électrique national.
Il favorise un meilleur rendement énergétique, des émissions de gaz à effet de serre plus faibles et une plus grande stabilité du réseau, tout en contribuant à créer les conditions d’une production électrique et de l’intégration future des énergies renouvelables. En rendant le Gnl accessible à plusieurs moyens de production, le projet est devenu un catalyseur de la transition énergétique du Sénégal, illustrant comment une infrastructure gazière partagée peut accélérer le passage vers des systèmes électriques plus propres et plus résilients.
Il constitue également une passerelle concrète vers l’exploitation, demain, des ressources gazières nationales du Sénégal.
Vous avez une politique Rse (Responsabilité sociétale des entreprises) discrète mais concrète à travers le monde. Au Sénégal, quelle est votre approche et quelles sont vos réalisations ?
L’engagement de Karpowership ne se limite pas à la fourniture d’énergie. Guidés par notre vision «One World» et à travers la One World Karadeniz Foundation, nous cherchons à créer un impact social positif et durable dans chacune des communautés où nous opérons.
Au Sénégal, nous menons des projets Rse alignés sur les axes prioritaires de la fondation : l’éducation et l’épanouissement de la jeunesse, le développement communautaire et l’autonomisation des femmes. Notre démarche consiste à répondre aux besoins locaux par des initiatives concrètes, porteuses de bénéfices significatifs et durables.
Depuis 2020, nous avons mené plus de 15 projets d’investissement social au Sénégal, au bénéfice de plus de 115 000 personnes. Parmi ces actions, l’appui à l’Hôpital d’Enfants Albert Royer, à travers la fourniture d’équipements médicaux et de diagnostic de pointe ainsi que d’installations de sécurité incendie ; la réhabilitation de structure du Lycée John F. Kennedy ; la rénovation des infrastructures et la construction d’un terrain de football à Sos Village d’Enfants. Nous conduisons aussi des actions annuelles de soutien aux communautés durant le Ramadan, la Tabaski, comme nous l’avons fait lors de la pandémie du Covid-19. Ces projets illustrent notre engagement à long terme envers le Sénégal et le bien-être de ses populations.
Le Sénégal vise l’accès universel à l’électricité d’ici 2029. Etes-vous prêts à l’accompagner à atteindre cet objectif ? Quelle pourrait être la contribution de Karpowership pour rendre l’électricité accessible et abordable pour chaque ménage sénégalais ?
Oui, nous sommes prêts à continuer d’accompagner le Sénégal vers l’accès universel à l’électricité. Depuis 2019, notre exploitation a démontré comment une production électrique déployable et flexible peut répondre à une demande croissante, renforcer la fiabilité du réseau et contribuer à la continuité de l’approvisionnement. Karpowership peut y contribuer en apportant une capacité modulable, rapidement déployable et adaptable à mesure qu’évoluent les besoins énergétiques du pays.
Notre solution intégrée de Gnl accompagne aussi le passage du fioul au gaz, avec un meilleur rendement et des émissions plus faibles, ce qui rend l’électricité plus compétitive et facilite, ensuite, l’arrivée des renouvelables.
Mais soyons clairs, l’accès universel ne dépend pas de la seule production. Il suppose des investissements coordonnés sur toute la chaîne, de la production au transport et à la distribution. Sur ce plan, le Sénégal a accompli des progrès notables et s’est doté d’une stratégie énergétique claire et ambitieuse. Clairement, le ministère de l’Energie s’y emploie sans relâche. Notre partenariat de longue date avec la Senelec, fondé sur une coopération étroite et une volonté commune de renforcer le système énergétique national, soutient lui aussi cette transition. Nous restons déterminés à y contribuer, en partenaire de long terme, en apportant des solutions flexibles. L’objectif : un système électrique fiable, plus durable et toujours plus abordable, pour les ménages, les entreprises et les services publics du pays.
Propos recueillis par Dialigué FAYE – (dialigue@lequotidien.sn)
