Alors que le pays s’enfonce à la 94e place du classement mondial de la liberté de la presse, la Convention des jeunes reporters du Sénégal (Cjrs) et Reporters sans frontières (Rsf) lancent une contre-offensive. Entre renforcement de la sécurité des journalistes et rappel à la responsabilité éditoriale, une formation stratégique de trois jours a débuté ce mardi 24 février pour outiller les reporters des 14 régions face aux pressions judiciaires et politiques croissantes.
Le constat est amer pour le paysage médiatique sénégalais. Jadis considéré comme un modèle démocratique, le Sénégal a lourdement chuté dans le classement mondial de Reporters sans frontières (Rsf), dégringolant de la 48e à la 94e place. C’est dans ce contexte de vulnérabilité accrue que la Convention des jeunes reporters du Sénégal (Cjrs) a lancé, ce mardi, une session de formation intensive de trois jours destinée à 14 journalistes issus des 14 régions du pays.
Le président de la Cjrs, Mamadou Diagne, n’a pas mâché ses mots lors de l’ouverture des travaux. Face à la multiplication des convocations policières et des poursuites judiciaires, il a appelé ses confrères à une introspection rigoureuse sur leur pratique professionnelle, particulièrement sur les plateaux de télévision. «Il y a un aspect de responsabilité qu’il faut prendre en compte. On constate de plus en plus de profils qui tiennent des propos sans fondement et qui, une fois convoqués, s’étonnent de ne pas être systématiquement assistés par les organisations de presse», a déploré Mamadou Diagne.
La responsabilité éditoriale : un bouclier contre les dérives judiciaires
Pour le président de la Cjrs, la liberté d’expression ne doit pas être un paravent pour servir des intérêts politiques ou économiques. La formation met l’accent sur la responsabilité éditoriale, rappelant qu’accuser sans preuve constitue une faute professionnelle qui expose l’auteur à des risques juridiques évitables.
Cette initiative s’inscrit dans un projet triennal d’envergure, soutenu par la Coopération allemande et piloté par Rsf. Ndèye Diary Ba, cheffe de projet pour l’Afrique subsaharienne, a détaillé les trois piliers stratégiques visant à redresser la barre : l’un des points forts de ce programme est la «formation des formateurs». En outillant des relais dans chaque région, Rsf et la Cjrs espèrent créer un effet multiplicateur. Au-delà de la simple collecte de données sur les attaques subies, il s’agit de sensibiliser les journalistes aux outils numériques pour protéger leurs sources et leurs propres données dans un environnement de plus en plus surveillé.
Le défi est de taille : restaurer la crédibilité de la presse tout en garantissant un environnement sécurisé pour ceux qui l’exercent. Ces trois jours de formation marquent le début d’une résistance organisée pour que le Sénégal retrouve sa place de leader de la liberté de l’information sur le continent.
