Les Etats-Unis d’Amérique ont intensifié leurs attaques contre la Cour pénale internationale (Cpi). Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a déclaré que son pays allait faire tomber la juridiction internationale «pierre par pierre». L’Extrême-droite américaine, au pouvoir au pays de Abraham Lincoln, ne peut plus tolérer qu’une quelconque institution internationale s’arroge le pouvoir de décider à sa place de ce qui est moral ou ne l’est pas. Après avoir pris des sanctions contre certains juges et procureurs de la juridiction basée à La Haye, Donald Trump et ses sbires ont décidé de franchir un palier, en privant l’institution de toute possibilité de fonctionner.
D’abord privés de toute possibilité de se rendre aux Etats-Unis, la plupart des magistrats de cette cour, parmi lesquels on compte les Sénégalais Mame Mandiaye Niang et Abdoulaye Sèye, ont aujourd’hui des difficultés à percevoir leurs émoluments, du fait que la plupart des moyens de paiement à l’international sont liés à la devise américaine, le dollar. Un juge racontait il n’y a pas longtemps, comment il s’était retrouvé perdu dans un pays étranger, dans l’impossibilité d’utiliser sa carte Visa, ou même de louer un Uber ou une chambre d’hôtel. Quasiment une mort sociale, pourrait-on dire.
Et il s’agit là d’une institution mise en place par ce que l’on appelle «la Communauté internationale», dans laquelle une grande majorité des pays de la terre ont adhéré. Il est vrai que les Etats-Unis n’ont pas été signataires du Traité de Rome instaurant ce tribunal. La Russie non plus, et encore moins la Chine ou Israël, parmi les pays qui n’ont pas jugé nécessaire de signer ce traité. Il n’empêche que la Cour pénale internationale a la latitude juridique de poursuivre des ressortissants de ces pays soupçonnées de crimes ou actes relevant de ses attributions, et qui, autrement, ne pourraient être jugés dans leurs propres pays.
C’est ainsi que la Cpi s’est permis d’inculper le Président russe Vladimir Poutine. Quand cette décision a été rendue publique, tout le monde occidental a exulté, se félicitant de «l’isolement» du Maître du Kremlin qui, aux yeux des Occidentaux, ne pourrait plus voyager ou se rendre dans un autre pays, ou même survoler des territoires de certains pays.
Il a fallu le génocide en cours à Gaza, et avant même le nettoyage ethnique en Palestine, qui a conduit à l’inculpation du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, pour voir un changement de ton quasi général du monde occidental. Même des pays comme la France n’ont pas hésité à poser publiquement le débat de savoir s’il serait opportun d’appréhender le dirigeant israélien dans l’hypothèse où il foulerait le sol français. Il faut noter que dans le cas de Vladimir Poutine, aucun homme politique français n’a osé remettre en question le besoin de se saisir de lui dans l’hypothèse où il se rendrait dans ce pays. A ce moment-là, tous ceux qui avaient des doutes sur la question, ont fini par comprendre que les droits humains n’avaient pas la même envergure quand ils concernaient des ressortissants occidentaux ou ceux des pays qualifiés par Donald Trump de «trous du c… du monde».
L’ambition de l’Extrême-droite américaine, dirigée aujourd’hui par Donald Trump, n’est pas que de museler la Cpi, faute de la faire disparaître. Il s’agit surtout et avant tout, de revenir au bon vieux temps de la domination occidentale, celle où la conduite des affaires du monde était, comme disait Rudyard Kipling, «le fardeau de l’Homme blanc». Donald Trump s’y essaie avec plus ou moins de réussite. Pas bête pour autant, il sait qu’il doit s’adapter à un contexte légèrement différent. Sa longue détestation de la Chine ne le conduirait jamais à se dresser militairement contre les ambitions expansionnistes de Xi Ji Ping. A la longue, il ne souhaiterait que rogner les forces de ce dernier, en s’engageant dans une guerre économique dont lui-même ne semble pas connaître la finalité. L’autre exception de taille est la Corée du Nord dont le dirigeant semble le fasciner. Donald Trump ne se permet aucune dérive langagière envers Kim jong Un dont il avale facilement les provocations, malgré les alarmes de ses alliés japonais ou australiens.
La rage de Trump se tourne donc vers les pays d’Amérique latine, qu’il considère comme son arrière-cour, selon la doctrine Monroe. Il a réussi à mâter le Venezuela de Maduro, et il compte réussir le même coup avec Cuba, à l’usure. Il n’hésite pas à se mêler de la politique intérieure du Brésil, où il souhaite ouvertement le retour au pouvoir du fils de son ami Bolsonaro. Si cela venait à se réaliser le 4 octobre, il pourrait donc se féliciter d’avoir rendu l’Amérique latine à sa fonction originelle, celle des «républiques bananières» où la fameuse United Fruit Company faisait la loi. Depuis lors, cette compagnie a changé de nom et de méthode, mais sa domination sur certains pans de l’économie sud-américaine est toujours notable.
Trump n’a pas eu besoin de se donner beaucoup de peine en Afrique. Plusieurs dirigeants de nos pays étaient déjà dans le ravissement. On se rappelle notre Président lui offrant même un morceau de notre territoire pour permettre au dirigeant américain de se construire un parcours de golf. Comme s’il avait envie de mettre les pieds dans nos taudis. Même pour chercher des minerais.
Il laisse cela à ses envoyés spéciaux dont certains comme Masaad Boulos, ont des liens familiaux avec lui. Sur le continent, seule l’Afrique du Sud lui cause des soucis. Ce à quoi ne serait pas étranger son ami et confident Elon Musk, Afrikaner sud-africain naturalisé américain, et qui semble porter une haine personnelle aux dirigeants sud-africains.
Mais cela n’est pas comparable à ce qui lui arrive avec l’Iran. Pour faire plaisir à son ami Netanyahu, Trump s’est lancé dans une guerre contre l’Iran dont il s’imaginait, contre toute raison, qu’il allait tomber en quelques jours, comme le régime de Maduro. Plus de 7 mois après, la République islamique ne donne pas de signe de faiblesse, ni de chute imminente. Pire, la guerre qu’il a provoquée met à mal l’économie américaine, ce qui affecte la base électorale de Donald Trump. Le dirigeant américain, qui espérait capitaliser sur un succès au Moyen-Orient pour affirmer son assise dans son pays, se retrouve en difficulté par rapport aux élections de mi-mandat. Il compte ainsi multiplier des points de tension pour détourner ses électeurs de leur situation sociale. S’il ne réussit pas, les deux prochaines années risquent d’être pénibles pour son pouvoir.
Et si Trump est fragilisé, les dirigeants des pays occidentaux qui espèrent arriver au pouvoir dans les mois à venir, perdraient une grande base idéologique et un grand appui politique. Ce sera le cas de l’Afd en Allemagne, du Rassemblement national français, ou même de Vox en Espagne.
