Après l’annonce d’un accord technique de 2, 2 milliards de dollars sur trois ans, le Fmi s’explique. Julie Kozack, directrice de la communication du Fonds, détaille la feuille de route économique convenue avec Dakar, les conditions de la gestion de la dette et les étapes nécessaires avant le déblocage effectif de la première tranche du financement.

Par B. SAKHO – Alors que les débats font rage autour de l’accord technique conclu le 1er septembre entre le Sénégal et le Fonds monétaire international, la Direction de la communication du Fmi, par la voix de Julie Kozack, est venue clarifier les contours de ce programme triennal d’un montant global de 2, 2 milliards de dollars. Bien plus qu’un simple soutien financier, ce pacte représente un levier stratégique majeur pour rétablir la viabilité budgétaire du pays, restructurer sa dette extérieure et restaurer la confiance des investisseurs.

L’aboutissement de cet accord au niveau des services (Staff-Level Agreement) constitue une étape cruciale pour l’économie sénégalaise. Confronté à de fortes vulnérabilités financières, le Sénégal ne se voit pas seulement offrir un bol d’air financier d’environ 1300 milliards de F Cfa échelonné sur trois ans : cet accord agit comme un véritable label de crédibilité internationale. L’enjeu central repose sur deux dynamiques indissociables : il y a l’ancrage des réformes budgétaires et structurelles. Ce programme offre au gouvernement une feuille de route rigoureuse pour assainir les finances publiques, rationaliser les dépenses de l’Etat, tout en préservant le pouvoir d’achat à travers des filets de protection sociale renforcés. Il y a ensuite la gestion de la dette extérieure : l’aval du Fmi pour un recours au Cadre commun du G20 permet d’aborder la soutenabilité de la dette extérieure en toute sérénité, sous l’accompagnement technique de l’institution. «Ces mesures contribueront à soutenir l’économie sénégalaise, à améliorer le niveau de vie de la population et, plus globalement, à rendre l’économie plus robuste et plus inclusive», assure Mme Julie Kozack, directrice de la communication du Fmi, lors du briefing de l’institution.

Les piliers majeurs du programme de réformes

Le programme soutenu par le Fmi s’articule autour de quatre axes prioritaires visant à transformer le modèle économique national : pour la soutenabilité budgétaire, il est prévu le lancement en 2027 d’une Stratégie de mobilisation des recettes à moyen terme pour accroître progressivement les recettes fiscales et dégager des marges de manœuvre prioritaires. Il y aura aussi une gestion stricte de la dette, un suivi rigoureux des arriérés intérieurs et un renforcement de la supervision des entreprises publiques, des réformes structurelles destinées à assainir l’environnement des affaires et à stimuler une croissance durable portée par les entreprises locales, un développement de l’accès aux services financiers pour la population et un renforcement des filets de protection sociale pour préserver les ménages vulnérables.

Par ailleurs, la signature de l’accord technique marque le début d’un parcours institutionnel précis au sein des instances du Fmi avant l’arrivée effective des premiers fonds. L’accord doit suivre les procédures internes du Fonds et obtenir l’aval formel de sa direction. «Selon notre procédure, maintenant que cet accord au niveau des services a été conclu, il doit suivre nos procédures internes», a rappelé la responsable.

Une fois le rapport préparé, il sera transmis au Conseil d’administration. C’est lors de cette réunion -dont la date reste à fixer- que le programme sera officiellement validé. Julie Kozack a rappelé que les 2, 2 milliards de dollars ne seront pas versés d’un coup. L’approbation du Conseil d’administration déclenchera un premier décaissement partiel. «Le Sénégal bénéficiera d’un premier décaissement, mais celui-ci ne représentera pas la totalité des 2, 2 milliards de dollars. Il s’agira d’une partie de ce montant.» Le reste des fonds sera versé progressivement sous réserve de l’avancement des réformes engagées.

bsakho@lequotidien.sn