Huit ans de chantier, 4 millions d’euros, 124 000 briques de terre comprimée et un baobab centenaire au cœur du dispositif : le nouveau Goethe-Institut Sénégal a ouvert, hier jeudi 16 avril 2026 à Dakar, le premier bâtiment conçu et construit en Afrique spécifiquement pour accueillir l’institution culturelle allemande.

Par Malick GAYE – C’est dans le quartier de Fann Résidence, à deux pas de l’Université Cheikh Anta Diop et du Musée Léopold Sédar Senghor, que le Goethe-Institut Sénégal ouvre ses portes sur 1800 m² de surface bâtie implantée sur un terrain de 2700 m². Trois journées d’inauguration sont prévues : les 16 et 17 avril pour le grand public, le 18 avril pour une cérémonie officielle. Un programme a été préparé en conséquence : le vernissage de l’exposition Un-Broken Ground, une table ronde avec les architectes Francis Kéré et Nzinga Biegueng Mboup du cabinet Worofila, un concert de Mark Ernestus’ Ndagga Rhy­thm Force, un quizz géant animé par Dr Massamba Guèye, et une projection du documentaire Matière rouge, matière grise, coproduit par la DW et le Goethe-Institut.

Un baobab, 124 000 briques et un Pritzker

Conçu par l’architecte burkinabo-allemand Diébédo Francis Kéré, premier Africain et premier architecte noir à avoir reçu le Prix Pritzker en 2022, le bâtiment incarne une philosophie constructive an­crée dans le sol dakarois. Les murs s’enroulent autour d’un baobab centenaire délibérément préservé, réinterprétant la tradition africaine de l’arbre à palabres. Les 124 000 Briques de terre comprimée (Btc) ont été fabriquées sur place, à partir de latérite ferrugineuse extraite dans la région de Dakar par l’entreprise sénégalaise Elementerre, fondée par l’ingénieur Doudou Dème.

Stabilisées avec environ 8% de ciment et façonnées à la presse manuelle, elles assurent une inertie thermique naturelle, dispensant le bâtiment de climatisation énergivore. Les 360 m² de panneaux photovoltaïques en toiture et le système biologique de traitement des eaux usées complètent l’ambition écologique du projet, huit ans après la première pierre posée par le Président allemand Frank-Walter Stein­meier, en février 2022.

Worofila, Rebuild.ing : le dialogue des expertises

L’exécution du projet a été confiée conjointement à la société d’ingénierie allemande Rebuild.ing et au cabinet dakarois Worofila, fondé en 2019 par l’architecte sénégalaise Nzinga Biegueng Mboup et le Français Nicolas Rondet. Ce studio, ancré dans le quartier historique de Fann-Hock, est reconnu en Afrique de l’Ouest pour ses constructions bioclimatiques utilisant la terre crue et le typha. «Le fait que le nouveau Goethe-Institut Sénégal soit un bâtiment en terre crue qui présente les principes de l’architecture bioclimatique, est très important», a déclaré Nzinga Biegueng Mboup. «Il montre que ces bâtiments peuvent exister en milieu urbain tout en dégageant un raffinement digne de la modernité.»

Un équipement pour 500 visiteurs par jour

Le bâtiment est dimensionné pour accueillir 500 visiteurs quotidiens et 106 apprenants dans 5 salles de cours. Il dispose d’une salle de spectacle de 150 places, d’une bibliothèque décoloniale de 5000 ouvrages intégrant un studio d’enregistrement des savoirs oraux, un pont entre la tradition des griots et les ressources numériques mondiales, d’espaces numériques, de zones interactives pour enfants et d’un café-bistrot. «Nous avons très hâte d’investir ce nouvel espace dans lequel nous pourrons recevoir dans les meilleures conditions les artistes, partenaires, étudiants et amis du Goethe-Institut Sénégal», résume l’équipe de la directrice Dr Stéphanie Pater.

75 ans, un seul bâtiment sur sol africain

Nommée présidente du Goethe-Institut en novembre 2024, Dr Gesche Joost, professeure de recherche en design à l’Université des arts de Berlin, avait fait du chantier dakarois un symbole de l’anniversaire institutionnel : 75 ans d’existence, et pour la première fois, un édifice conçu et construit en Afrique pour l’institution. «La culture et la langue peuvent créer des liens très particuliers», a-t-elle déclaré lors de la conférence de presse. L’adresse choisie, la rue Léo Frobenius, à l’impasse du Musée Senghor, rappelle les liens intellectuels fondateurs entre les deux pays : Frobenius, le penseur allemand fasciné par les cultures africaines ; Senghor, le poète-Président qui puisa dans le romantisme de Goethe une source pour la Négritude. «Se construire ici au lieu de construire chez nous, c’est un symbole», avait lancé l’ambassadeur d’Allemagne de l’époque, M. Stephan Röken, lors de la pose de la première pierre. Le bâtiment est désormais dressé à Dakar, pour donner corps à ce symbole.

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