Le Sénégal et l’Afrique perdent l’un de leurs plus illustres esprits économiques. Le Professeur Mouhamadou Moustapha Kassé, premier Doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), s’est éteint hier, laissant derrière lui un héritage académique immense et des générations d’intellectuels orphelins.

La colline inspirée de Fann pleure son maître. Le Pro­fesseur Mouhamadou Mousta­pha Kassé n’est plus. Avec sa disparition, c’est un pan entier de l’histoire de la pensée économique africaine contemporaine qui s’affaisse. Eminent théoricien, pédagogue hors pair et réformateur institutionnel, il aura consacré près de cinquante ans de sa vie à déconstruire les modèles économiques importés pour penser le développement de son continent.

Premier Doyen de la Faseg, le Professeur Kassé a jeté les bases de l’enseignement mo­derne de l’économie à l’Ucad. Mais son influence a largement dépassé les frontières du Séné­gal. Figure de proue du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames), il a été l’un des tout premiers agrégés en sciences économiques de cette institution.

Rigoureux et exigeant, il a présidé à plusieurs reprises les jurys du prestigieux concours d’agrégation du Cames (en droit, économie et gestion), façonnant ainsi l’élite professorale d’Afrique subsaharienne. Il a également dirigé le Centre de recherches économiques appliquées (Crea) entre 1990 et 1994, transformant ce laboratoire en un véritable incubateur de politiques publiques.

Membre éminent de l’Aca­démie nationale des sciences et techniques du Sénégal (Ansts) ainsi que de l’Académie Hassan II des sciences et techniques de Rabat au Maroc, le Pr Kassé incarnait cette diplomatie scientifique africaine, respectée à travers le monde. Il a également présidé le Congrès des économistes africains sous l’égide de l’Union africaine.