Célébrée dans un quasi-anonymat le 17 octobre dernier, la Journée mondiale du refus de la misère a trouvé un rare écho au Centre culturel de Yarakh. Portée par la compagnie Kaddu Yaraax, cette commémoration a mêlé causeries et théâtre-forum pour briser le silence et éveiller les consciences face à la précarité.
Par Amadou MBODJI – La Journée mondiale du refus de la misère, célébrée le samedi 17 octobre dernier, s’est déroulée dans un anonymat presque total. Rien, ou presque, ne semblait indiquer la portée de cet événement dans l’espace public, à l’exception du Centre culturel de Yarakh, où la compagnie Kaddu Yaraax a tenu à marquer la date d’une pierre blanche. «On ne sent pas cette journée, alors qu’il y a beaucoup de personnes qui souffrent de la misère en ces temps qui courent. C’est une célébration qui m’inspire de la tristesse», déplore Cheikh Masseye Fatma Ndiaye, artiste comédien et metteur en scène de la troupe.
Depuis de nombreuses années, malgré quelques interruptions récentes, Kaddu Yaraax s’attache à perpétuer cette commémoration à travers des causeries thématiques centrées sur la pauvreté et la précarité. «C’est comme si rien ne se passait. Je suis convaincu que si l’on interrogeait cinquante Sénégalais sur la date exacte de cette Journée mondiale du refus de la misère, la grande majorité serait incapable de répondre. Pourtant, une frange importante de la population subit la précarité, directement ou indirectement», souligne-t-il.
Le théâtre pour éveiller les consciences
Pour donner corps à cette édition, le Centre culturel de Yarakh a articulé sa programmation autour de causeries citoyennes et de la présentation de la pièce Le Retour de Yacine. Cette œuvre met en scène le parcours d’une femme de la diaspora rentrée d’Espagne pour s’investir dans l’entrepreneuriat local à travers son salon de coiffure.
A travers le vecteur du théâtre-forum, la compagnie Kaddu Yaraax entend poursuivre sa mission d’éveil des consciences. Elle ambitionne également de nourrir la réflexion sur les politiques publiques et d’encourager des orientations susceptibles d’apporter des réponses concrètes aux défis rencontrés par les populations les plus vulnérables.
De la soudure aux planches : l’itinéraire d’un passionné
Derrière cet engagement artistique, se profile le parcours singulier de Cheikh Masseye Fatma Ndiaye. Il a grandi dans l’ombre de son aîné, El Hadji Ndiaye, qui l’initiait aux répétitions théâtrales organisées dans le cadre des vacances citoyennes (Navétanes) avec l’Asc Kassanga de Yarakh. Artiste aguerri, il s’est définitivement tourné vers les arts dramatiques après avoir dû abandonner son métier de soudeur métallique en raison de problèmes de vision. Auparavant, il avait également exercé la maçonnerie pendant une décennie, une robustesse de vécu qu’il transpose dans son approche artistique.
Membre actif de la troupe Kaddu Yaraax depuis 2002 -après des débuts remarqués dans le théâtre scolaire-, il a su dompter sa timidité initiale en s’inspirant des prestations du regretté Demby Fall, figure emblématique de la scène locale.
ambodji@lequotidien.sn
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