Trois de nos dix-huit compatriotes viennent de recouvrer leur liberté, après trois mois de détention, et un procès en appel qui confirme le verdict de la première instance. Les quinze autres risquent de purger leur peine entièrement avant de rentrer. Le saut de puce à Rabat de notre tout-puissant Premier ministre, qui figure sur la shortlist des vingt maîtres du monde, n’y fera rien…

Dakar vient d’abriter, pour la dixième fois, les 20 et 21 avril 2026, le Forum international sur la sécurité en Afrique. Une initiative née en 2013 sous Macky Sall, organisée tous les ans avec des invités de marque : chefs d’Etat africains, militaires, diplomates venus du monde entier se pencher sur le sort du continent que ravagent les guerres civiles, le djihadisme, les rebellions.

Cette année-ci, sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, quasiment dans l’indifférence générale, deux présidents, ceux de Mauritanie et de Sierra-Leone, sont venus y participer. On ne peut pas dire que cette épineuse question ait déclenché des passions. Bien entendu, il aura été question de la stabilité et de la souveraineté de nos pays : comment parler de souveraineté pour des pays incapables de fabriquer des pistolets ?

La branlée que l’Iran des ayatollahs est en train de mettre à l’Amérique de Trump et à l’Etat hébreu de Netanyahu, en riposte à leur agression, devrait nous ouvrir les yeux sur les gouffres qui nous séparent du reste du monde.

Mais enfin, si ces genres d’agapes peuvent nous consoler…

La candidature de Macky Sall au Secrétariat général des Nations unies, on en parle ?

Ben, elle poursuit son bonhomme de chemin. Après les diplomates africains et les droits-de-l’hommistes la semaine précédente, l’ancien Président sénégalais a passé, hier, le 22 avril 2026, son grand oral devant le jury officiel pour expliquer la manière dont il entend conduire le, euh, «Machin», comme dirait le Général De Gaulle.

Quelques Sénégalais, que cette perspective exaspère, depuis les premières rumeurs concernant son ambition planétaire, lui jettent régulièrement l’opprobre.

Il y a d’abord le silence bavard du chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye, qui oublie de répondre au courrier de son prédécesseur qui souhaite obtenir de son pays un soutien officiel. Rien… Ou même, pire : c’est le Président du Burundi qui finit par présenter sa candidature, soutenue par une quarantaine d’Etats africains dont le Sénégal ne fait pas partie.

Outre les deux pelés et trois tondus qui arborent des pancartes hostiles à New York depuis quelques jours, l’éventail haineux est large chez ses compatriotes… Il se déploie de la très indignée Mimi Touré, son ancienne pasionaria, passée à l’ennemi avec armes et venins pour avoir été recalée dans sa quête du Perchoir, jusqu’à notre truculente ministre de la Justice Yassine Fall, qui explique doctement devant une caméra que l’ancien Président sénégalais n’a pas assez d’étoffe pour que sa candidature soit acceptée.

Elle doit en ravaler sa salive à l’heure actuelle.

Il y a également, dans le lot, en plus de l’irascible député Guy Marius Sagna au caleçon à carreaux devenu viral en 2021, qui s’en indigne à grands coups de posts sur les réseaux sociaux, l’inamovible patron local d’Amnesty international, qui ne lâche pas l’affaire : Macky Sall serait le principal responsable de plus de quatre-vingts morts brutales, entre 2021 et 2024, événements dont le détonateur serait, outre l’ambition secrète de postuler à un troisième mandat, pardon, un deuxième quinquennat, le tricotage de la tristement célèbre affaire Sweet Beauté, un vil complot ourdi avec des militaires et des magistrats pour éliminer un concurrent sérieux, Ousmane Sonko.

Tout ce cirque nous renvoie à la sortie de route de Macky Sall, qui a comme un moment de folie passagère en 2024, à l’orée de la Présidentielle : report des élections, libération des détenus pris dans les manifestations dont certains se vantent aujourd’hui de leur apport décisif au «combat» qui finit par l’élection de «Diomaye môy Sonko» et, surtout, amnistie des faits liés aux troubles politiques de 2021 à 2024. Un joli bordel qui conduit des casseurs à réclamer des indemnités comme «victimes» pendant que les familles des disparus, comme les estropiés et autres cibles du vandalisme pastefien n’espèrent plus que justice soit faite dans cette affaire.

C’est le boomerang qui lui revient en pleine figure ?

Bien sûr, en face d’eux, ses ennemis ont à qui parler : outre ses partisans de l’Apr et du groupe parlementaire Takku Wallu, sur les réseaux sociaux, des pétitions de soutien sont initiées, et des Sénégalais tout ce qu’il y a d’ordinaire affichent sur les pages Facebook un photomontage en compagnie de Macky Sall avec en toile de fond l’emblème des Nations unies.

Je ne sais pas si vous pensez comme moi, mais j’ai la désagréable impression que les Sénégalais, qui ne doutent de pas grand-chose, se croient membres du Conseil de Sécurité de l’Onu avec droit de veto.

Par Ibou FALL