Le monde de l’éducation est en deuil dans la région de Kolda. Mamadou Cissé, jeune professeur d’anglais au lycée de Ndorna, a tragiquement perdu la vie, ce vendredi, dans un accident de moto. Au-delà de l’émotion, ce drame remet en lumière l’isolement mortel du département de Médina Yoro Foulah.
Par Aladji BADJILANG – Une vie brisée sur les pistes de l’oubli. Mamadou Cissé n’entendra plus jamais le brouhaha de ses élèves au lycée de Ndorna. Ce vendredi soir, alors qu’il regagnait son poste de service avec le dévouement qu’on lui connaissait, le destin a basculé. Sur la piste sablonneuse et accidentée reliant le village de Soulabaly à Ndorna, sa moto a percuté un autre deux-roues venant en sens inverse.
Malgré une intervention rapide de l’ambulance locale, le choc a été fatal. Le jeune professeur, qui n’en était qu’à sa deuxième année d’exercice, a succombé à ses blessures peu après son admission à l’Hôpital régional de Kolda. A l’annonce de son décès, une onde de choc a traversé la communauté éducative : collègues, élèves et parents d’élèves se sont retrouvés unis dans une douleur indescriptible devant la morgue de l’hôpital.
Le calvaire de la mobilité : La «Boucle du Fouladou» en question
Ce drame n’est malheureusement pas un cas isolé. Il illustre la précarité des conditions de travail des agents de l’Etat affectés dans les zones rurales. La route, censée être un vecteur de développement, est devenue un piège mortel : voilà plus de quatre ans que les travaux de la «Boucle du Fouladou» s’éternisent, obligeant les usagers à emprunter des déviations impraticables et poussiéreuses.
Après cet accident, il se pose la question liée au désert des secours : le département de Médina Yoro Foulah, vaste et enclavé, souffre d’une absence criante de caserne de sapeurs-pompiers. Pour le moindre accident, il faut parcourir les 92 kilomètres qui séparent la zone de Kolda, perdant ainsi des minutes précieuses pour la survie des blessés.
Un dernier voyage vers Kaffrine
Originaire de Kaffrine, c’est là-bas que Mamadou Cissé reposera désormais. Il laisse derrière lui le souvenir d’un enseignant exemplaire, volontaire, ayant accepté de servir dans l’une des zones les plus difficiles du Sénégal.
Aujourd’hui, à Ndorna, les salles de classe seront silencieuses. Les enseignants, entre deux sanglots, ne réclament pas seulement de la compassion, mais une sécurisation réelle de leurs déplacements. Car si l’éducation est le pilier de l’avenir, elle ne devrait plus coûter la vie à ceux qui la transmettent.
eh.coly@lequotidien.sn

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