A l’occasion de la Journée internationale des femmes, le Haut-conseil du dialogue social (Hcds) a organisé un panel de réflexion sous le thème : «Justice équitable au profit de toutes les femmes et les filles.» Entre stagnation des droits juridiques et fardeau du travail non rémunéré, les participantes ont dressé un diagnostic sans concession des disparités qui freinent encore l’épanouissement des travailleuses au Sénégal et dans le monde.
Par Justin GOMIS – Le Haut-conseil du dialogue social (Hcds) n’a pas dérogé à la tradition. A l’instar des grandes institutions de la République, le Hcds a initié un cadre de réflexion mobilisant les forces du dialogue social et du monde du travail. L’objectif, selon la modératrice du panel, Dr Seynabou Mbaye, présidente du Conseil sénégalais des femmes (Cosef), est de «jeter un regard attentif sur les déterminants sociologiques, politiques et économiques qui maintiennent les inégalités entre les hommes et les femmes dans la communauté».
Des réformes structurelles encore nécessaires
Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de synergie avec la Société civile et les syndicats pour la protection des droits des femmes. Pourtant, malgré les luttes entreprises, la discrimination demeure une réalité palpable.
S’appuyant sur le rapport «Women, Business and the Law 2025» de la Banque mondiale, Dr Mbaye a rappelé que les femmes ne bénéficient globalement que de 65% des droits juridiques accordés aux hommes. Qu’il s’agisse de l’accès au crédit, de la mobilité ou de la retraite, ce contraste révèle l’ampleur des réformes structurelles nécessaires pour parvenir à une justice réelle, et non seulement formelle.
Une stagnation alarmante sur le marché de l’emploi
Le constat est tout aussi préoccupant concernant le marché de l’emploi. Citant des données de mars 2025, la panéliste a souligné une stagnation des acquis au cours des trois dernières décennies. En 2024, seulement 46, 4% des femmes en âge de travailler occupaient un emploi, contre 69, 5% des hommes -un écart de 23, 1 points de pourcentage qui n’a que très peu évolué ces dernières années.
De plus, les femmes ne détiennent que 30% des postes de direction à l’échelle mondiale, une proportion à peine supérieure à celle enregistrée il y a vingt ans.
Le poids du travail invisible et des violences
L’un des freins majeurs à l’insertion professionnelle des femmes reste la charge disproportionnée des soins non rémunérés. Environ 700, 8 millions de femmes sont maintenues hors du marché du travail car elles consacrent 3, 2 fois plus de temps aux tâches domestiques que les hommes.
A ce fardeau s’ajoute l’insécurité : «les femmes sont 1, 6 % plus susceptibles que les hommes d’être victimes de violence et de harcèlement au travail, avec une surreprésentation des jeunes femmes et des migrantes», a révélé Dr Mbaye. Pour elle, la promotion du travail décent est indissociable d’une garantie d’égalité des droits.
Appel à l’auto-promotion et soutien institutionnel
Si les panélistes ont été unanimes pour déplorer ces inégalités, certaines voix, comme celle de Mme Basse, ont insisté sur la responsabilité des femmes elles-mêmes. Elle les a invitées à s’armer par la formation pour pouvoir prétendre aux mêmes responsabilités que leurs collègues masculins.
En clôture, le président du Hcds, Mamadou Lamine Dianté, a réaffirmé son engagement à soutenir ce combat de longue haleine. «Vous ne serez pas seules sur ce chemin. L’accès des femmes aux postes de responsabilité est un sujet d’actualité. Des efforts sont faits, des résultats sont là, mais nous considérons que c’est encore insuffisant. Il faut continuer», a-t-il promis.
justin@lequotidien.sn

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