L’Agence nationale de l’état civil (Anec) veut poursuivre la transformation du système d’état civil sénégalais, mais fait face à des contraintes financières qui pourraient ralentir certaines activités. Dans cet entretien, le Directeur général revient sur le bilan du plan de remédiation mené dans les régions de Louga, Diourbel et Fatick, les avancées de la digitalisation avec «Sama état civil», l’accompagnement des centres, les difficultés rencontrées par les citoyens pour obtenir leurs documents et l’appel lancé au ministère de tutelle pour renforcer les moyens de l’agence.

Par latif MANSARAY – Après plusieurs difficultés signalées dans certains centres d’état civil, l’Anec a lancé un plan de remédiation dans plusieurs régions. Quel bilan tirez-vous de cette opération ?

Le bilan est satisfaisant. Ce plan de remédiation avait pour objectif d’apporter des réponses concrètes aux difficultés rencontrées dans certains centres d’état civil et de renforcer leur capacité opérationnelle au bénéfice des populations.

Dans les régions de Louga, Diourbel et Fatick, nos équipes sont intervenues pendant 17 jours. Au total, 89 centres d’état civil ont bénéficié d’un accompagnement, 127 officiers d’état civil ont été formés et 89 agents ont été remis à niveau sur les outils de gestion, notamment le Lgec et «Sama état civil».

L’objectif était de corriger les difficultés techniques, renforcer les compétences des acteurs et permettre aux centres d’être plus opérationnels afin d’offrir un meilleur service aux citoyens.

Quels étaient les principaux problèmes identifiés dans ces centres ?

Les difficultés concernaient plusieurs aspects. Il y avait notamment des besoins en renforcement de capacités, une meilleure appropriation des outils numériques, mais aussi certaines contraintes matérielles et techniques.

Nous avons adopté une approche globale. La modernisation de l’état civil ne repose pas uniquement sur les outils numériques. Elle nécessite aussi des agents bien formés, des équipements adaptés et un accompagnement permanent des collectivités territoriales.

L’agent d’état civil est au contact direct des populations. Il doit donc disposer de moyens nécessaires pour répondre efficacement aux demandes des citoyens.

Certains citoyens dénoncent des difficultés pour obtenir des actes de naissance et d’autres documents administratifs. Quelles réponses apportez-vous ?

Nous sommes conscients de ces préoccupations. L’état civil est un service essentiel qui accompagne chaque citoyen tout au long de sa vie. Notre rôle est d’accompagner les centres d’état civil, d’améliorer les procédures et de renforcer les capacités des agents afin de réduire les difficultés rencontrées par les populations.

Nous encourageons également les citoyens à effectuer leurs déclarations dans les délais prévus par la réglementation afin d’éviter des procédures plus complexes.

Lorsque le délai d’enregistrement d’une naissance dépasse six mois, la procédure devient plus complexe avec une pénalité. Comment l’Anec accompagne-t-elle les familles concernées ?

Les déclarations de naissance doivent être faites dans les délais prévus par la loi. Lorsque ce délai est dépassé, notamment au-delà de six mois, une procédure particulière peut être nécessaire avec le paiement d’une pénalité qui reste inférieure à 5000 francs Cfa.

Mais nous savons que certaines familles peuvent rencontrer des difficultés dans la régularisation de ces situations. C’est pourquoi l’Anec accompagne les populations à travers l’information, la sensibilisation et l’orientation vers les services compétents.

Cependant, certaines opérations d’accompagnement né­cessitent des moyens. Les contraintes budgétaires que nous connaissons peuvent parfois limiter notre capacité d’intervention. C’est aussi pour cette raison que nous avons attiré l’attention du ministère de tutelle afin de renforcer les moyens permettant à l’agence de poursuivre efficacement ses missions.

Des mères dénoncent également des difficultés pour enregistrer leurs enfants dans des cas de divorce ou de séparation. Quelle est votre réponse ?

Il faut rappeler que l’enregistrement d’un enfant est encadré par la loi. Dans certaines situations particulières, notamment en cas de divorce ou de désaccord entre les parents, la question peut relever d’une procédure judiciaire.

L’Anec n’a pas vocation à se substituer à la Justice. Toutefois, nous pouvons conseiller les parents et les orienter vers les démarches légales à suivre.

Dans certains cas, une solution à l’amiable peut permettre de régler la situation dans l’intérêt supérieur de l’enfant.

Le déploiement des outils numériques reste un défi dans plusieurs collectivités. Où en êtes-vous avec «Sama état civil» ?

Nous avons enregistré des avancées importantes. Après les interventions menées dans les régions de Louga, Diourbel et Fatick, le taux global de déploiement est passé à 95, 7%, avec 134 centres déployés sur 140.

La région de Fatick a atteint 100% de déploiement. A Louga, nous sommes passés de 31 à 51 centres déployés, tandis qu’à Diourbel, le nombre est passé de 31 à 43 centres. Il reste quelques contraintes liées notamment à l’électricité, à la connexion internet ou encore à certains équipements informatiques, mais elles sont identifiées et font l’objet d’un suivi avec les collectivités.

Certains citoyens estiment que la digitalisation reste éloignée de leurs réalités quotidiennes. Comment faire pour que cette réforme améliore concrètement leur accès aux documents ?

La digitalisation n’est pas une fin en soi. Elle doit améliorer directement le service rendu au citoyen. Avec «Sama état civil», nous voulons réduire les délais, améliorer la traçabilité des actes et renforcer la sécurité des documents.

Mais cette transformation nécessite un accompagnement humain. C’est pourquoi nous insistons sur la formation continue des agents et l’appui aux collectivités territoriales.

Depuis janvier, l’Anec connaît des contraintes budgétaires. Quel impact cette situation a-t-elle sur vos activités ?

Comme toute structure publique, l’Anec a besoin de moyens pour assurer correctement ses missions. Depuis le début de l’année, certaines contraintes budgétaires constituent un défi dans la mise en œuvre de certaines activités. Nous avons des partenaires qui nous accompagnent dans plusieurs domaines, notamment la formation, la modernisation des outils et l’accompagnement des centres d’état civil.

Mais l’appui des partenaires ne peut pas remplacer durablement les moyens nécessaires au fonctionnement normal de l’agence. C’est pourquoi nous avons interpellé notre ministère de tutelle sur cette situation. Des échanges sont en cours afin de trouver les mécanismes permettant de renforcer les capacités opérationnelles de l’Anec.

Notre objectif est de faire en sorte que ces contraintes financières ne ralentissent pas les efforts engagés pour moderniser l’état civil et améliorer le service aux citoyens.

A l’approche des examens, les problèmes d’actes de naissance restent une source d’inquiétude pour les élèves. Cette modernisation permettra-t-elle d’anticiper ces situations ?

Oui, c’est justement l’un des objectifs de la réforme. Il faut éviter que les familles attendent les dernières semaines avant les examens pour régulariser les situations.

Nous encourageons les établissements scolaires, les familles et les services d’état civil à travailler ensemble en amont afin d’identifier rapidement les cas nécessitant une intervention.

Les populations demandent davantage de proximité avec les services d’état civil. Quelles stratégies prévoyez-vous ?

La proximité est au cœur de notre démarche. Le renforcement des centres existants, le déploiement des outils numériques et la formation des agents doivent permettre d’offrir un service accessible partout sur le territoire. Notre ambition est que chaque citoyen puisse accéder facilement à l’état civil, quel que soit son lieu de résidence.

Après ce plan de remédiation, quelles sont les prochaines étapes pour l’Anec ?

Nous allons poursuivre cette dynamique à travers l’accompagnement des collectivités territoriales, la modernisation des outils et le suivi des centres déjà déployés. Le plan de remédiation constitue une étape importante, mais le travail doit continuer dans la durée.

Notre ambition reste de construire un état civil moderne, sécurisé et proche des citoyens, capable de répondre efficacement aux besoins des Séné­galais.

latifmansaray@lequotidien.sn