La probable installation de Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale se dessine comme une chorégraphie politique soigneusement orchestrée. Mais derrière la mise en scène institutionnelle, une question obsède : pourquoi cette précipitation à draper le chef de Pastef avec une écharpe de député ? Ce mardi, les députés sont convoqués pour une séance dont l’ordre du jour ne surprend plus personne. El Hadji Malick Ndiaye a rendu son tablier de président de l’Hémicycle au lendemain du limogeage de son mentor.

Par Malick GAYE – Ousmane Sonko, fraîchement réintégré dans les rangs de la Quinzième législature, est appelé à lui succéder. Le scénario est écrit. Le casting, bouclé. Il ne manque plus que les applaudissements. Sauf que l’opposition, peu portée sur l’enthousiasme, crie au vice de forme. Sa thèse : la démission de Malick Ndiaye serait antérieure à la convocation du Bureau, ce qui entacherait toute la procédure d’une irrégularité fondatrice. Autrement dit, on aurait convoqué les gens à une réunion avant même de savoir officiellement pourquoi. Une façon sénégalaise de mettre la charrue avant les bœufs, avec le sourire.

Mais le grief le plus sérieux touche à la qualité même de député de Sonko. L’ancien Règlement intérieur, sous lequel il a été élu, lui interdisait de suspendre son mandat pour conserver sa fonction de Premier ministre. Il aurait donc perdu sa qualité de parlementaire. Le réinstaller aujourd’hui, c’est, selon l’opposition, bâtir une présidence sur du sable constitutionnel.

Face à ces critiques, Aïssata Tall Sall oppose une fin de non-recevoir : le Conseil constitutionnel, dit-elle, ne saurait s’immiscer dans les affaires internes de l’Assemblée. Argument juridiquement dé­fendable, politiquement commode. Le débat resterait donc entre les murs de l’Hémicycle, loin des regards des juges. Circulez, il n’y a rien à voir.

Ce qui intrigue davantage, c’est la vitesse avec laquelle Pastef orchestre cette transition. Dans un pays où les procédures administratives prennent parfois le temps qu’elles veulent, cette soudaine fièvre institutionnelle mérite interrogation. Pourquoi cette urgence à vouloir remettre Sonko à l’Hémicycle ? Quelle stratégie peaufine-t-il au point de rendre ce bouclier si précieux, si urgent ?

Ce que cette séquence révèle en creux, c’est la fragilité du vernis institutionnel que Pastef avait promis de lustrer. On voulait refonder la République ; on se retrouve à bricoler ses règles selon les urgences du moment. L’opposition, elle, joue la vierge effarouchée, oubliant qu’elle aussi, en son temps, connaissait l’art de tordre les textes avec élégance.

Au fond, le vrai débat public n’est pas de savoir si Sonko sera ou non président de l’Assem­blée nationale. Il le sera, vraisemblablement. La question est de savoir à quel prix institutionnel ce fauteuil aura été conquis. Suffira-t-il à éteindre les incendies qui semblent couver au sein de ma majorité ? A l’Hémicycle comme en politique : tout finit par se savoir. Même ce qu’on a voulu précipiter.

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