Pendant les vacances scolaires, le Centre culturel Blaise Senghor de Dakar transforme le temps libre des enfants en une expérience d’éveil et de découverte. A travers la 2è édition de l’initiative «Atelier créatif, culture enfance», une cinquantaine de jeunes âgés de 5 à 15 ans explorent les arts, la technologie et le patrimoine dans un cadre conçu pour stimuler leur curiosité.
Par Amadou MBODJI – Pendant les vacances scolaires, alors que de nombreux élèves profitent d’une pause bien méritée, le Centre culturel Blaise Senghor entend faire de cette période un véritable temps d’apprentissage, de découverte et d’épanouissement. Pour sa deuxième édition, le camp de vacances intitulé «Atelier créatif, culture enfance» propose aux jeunes de 5 à 15 ans un programme complet mêlant arts, culture, sciences, technologie et découverte du patrimoine. Plus d’une cinquantaine d’enfants prennent part à cette session.
Selon la directrice, Mme Fatou Sène Dogue, la vocation première de cette initiative est d’offrir aux enfants une autre manière de vivre leurs vacances. Il ne s’agit pas simplement de les occuper, mais de leur ouvrir les portes d’univers auxquels ils n’ont pas toujours accès. «Nous organisons cette activité pour permettre aux élèves de s’occuper, mais pas n’importe comment», explique-t-elle. La démarche consiste à placer les participants au contact direct du monde artistique et culturel grâce à des ateliers pratiques encadrés par des artistes de la structure et divers partenaires.
De la peinture au génie mécanique
Bricolage, couture et peinture constituent le socle de ces ateliers. Mais le programme connaît cette année une évolution majeure avec l’introduction du génie mécanique, une innovation destinée à familiariser les enfants avec les sciences, les mathématiques et la technologie.
A travers ce nouvel atelier, les jeunes s’initient notamment à la fabrication de petits dispositifs mécaniques tels que des manèges ou des tapis roulants. Une manière concrète de montrer que les sciences dépassent le cadre théorique des salles de classe et répondent à des besoins réels en réutilisant du matériel industriel. Organisée en collaboration avec plusieurs partenaires dont une association de jeunes ingénieurs, cette activité vise à susciter très tôt la curiosité scientifique et à éveiller des vocations pour les métiers d’avenir.
Faire des vacances un moment de découverte
Les activités se déroulent de 9h 30 à 13h 30, à raison de deux ateliers quotidiens. Mais les participants ne restent pas cantonnés aux travaux pratiques : le programme intègre également des visites pédagogiques dans plusieurs lieux emblématiques du patrimoine national. Le Monument de la Renaissance africaine, le Musée des civilisations noires et la Place du Souvenir figurent parmi les sites retenus. Une rencontre d’échange avec le Grand Serigne de Dakar est également à l’étude.
Pour Mme Fatou Séne, cette ouverture sur l’histoire et les traditions est essentielle. Il s’agit d’offrir aux enfants les clés de compréhension du patrimoine matériel comme du patrimoine culturel vivant. Le camp dépasse ainsi le simple divertissement pour devenir un espace où l’enfant observe, expérimente et comprend son environnement.
Une initiative appelée à grandir
Cette deuxième édition marque une nette progression organisationnelle. Alors que la première session avait duré 12 jours, la durée du camp a été portée cette année à 15 jours. La directrice ambitionne toutefois d’aller plus loin. Le programme devrait progressivement s’allonger et se structurer afin d’assurer la pérennité de l’initiative.
Cette évolution s’appuie sur le soutien de plusieurs partenaires, notamment Wallonie-Bruxelles, les acteurs internes du centre, ainsi qu’une entreprise minière basée à Kédougou. La sécurité et la prise en charge sanitaire ont également été renforcées : la Croix-Rouge encadre le dispositif sur place, tandis que le Poste de santé de Grand-Dakar reste mobilisé en cas d’urgence.
La culture, un droit pour tous
Au-delà des ateliers, Mme Fatou Séne insiste sur une dimension fondamentale du projet : l’accès démocratique à la culture. Le succès rencontré a d’ailleurs conduit les organisateurs à dépasser la capacité d’accueil initiale, illustrant le fort besoin des familles en activités éducatives accessibles. «En tant que structure publique, nous n’avons pas vocation à faire du profit», rappelle-t-elle, inscrivant la démarche dans le cadre du droit à la culture pour tous. L’objectif ultime est de faire bénéficier le plus grand nombre d’enfants d’activités qui, dans d’autres structures, représentent un coût financier important.
Changer le regard sur les métiers artistiques
L’un des messages forts portés par l’initiative concerne le statut de l’artiste. Pour la directrice, il est crucial de déconstruire le préjugé selon lequel choisir une carrière artistique équivaudrait à un échec social. Dès le plus jeune âge, les enfants doivent percevoir les métiers de l’art comme des voies professionnelles nobles et épanouissantes. Le centre, qui accueille par ailleurs des adultes pratiquant le théâtre, la danse, le conte ou le slam, favorise ainsi les ponts intergénérationnels. «Les métiers de l’art sont des métiers nobles», martèle Mme Fatou Séne Dogue, convaincue que le changement de mentalité doit s’opérer dès l’enfance.
Investir dans l’enfant pour préparer l’avenir
Destiné aux élèves de l’élémentaire et du collège, l’«Atelier créatif, culture enfance» s’affirme comme un projet à la croisée de l’éducation, de la création, de la science et de la mémoire. Pour la directrice du Centre culturel Blaise Senghor, cette démarche repose sur une conviction profonde : la culture est le moteur principal du développement individuel et collectif. «Nous avons créé cette activité pour permettre aux enfants de s’épanouir, parce que la culture est au début et à la fin de tout processus de développement», conclut-elle. Une ambition claire : former des citoyens curieux, ouverts et confiants dans leur capacité à façonner le monde de demain.
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