A Saly, la Commission de la Cedeao et l’Académie suédoise Folke Bernadotte (Fba) ont lancé une offensive stratégique pour transformer la culture institutionnelle de l’organisation. En formant ses cadres supérieurs au leadership inclusif, l’institution ouest-africaine choisit de prêcher par l’exemple pour briser le plafond de verre et accélérer l’agenda «Femmes, paix et sécurité» dans l’espace communautaire.

Par Alioune Badara CISS – Fini le temps des simples déclarations d’intention. Face aux résistances persistantes et aux reculs des droits des femmes à l’échelle mondiale, la Cedeao a décidé de s’attaquer à la racine du problème : le sommet de sa pyramide décisionnelle. Depuis hier, les hauts cadres de la commission sont réunis à Mbour pour une session de formation inédite, marquant un tournant dans la gouvernance régionale.

Transformer l’autorité en levier d’inclusion

Pour l’ambassadrice de Suède au Sénégal, S.E. Mme Catharina Cappelin, le changement ne peut être décrété sans un engagement personnel des décideurs. «Le changement commence avec les individus, avec des leaders qui créent l’espace nécessaire et intègrent ces questions naturellement au sein de leurs organisations», a-t-elle plaidé. L’idée-force de ce partenariat avec l’Académie Folke Bernadotte (Fba) est simple mais radicale : le dirigeant n’a pas besoin d’être un théoricien du genre, il doit être un moteur d’équité. Il s’agit d’utiliser son autorité stratégique pour insuffler une culture inclusive, même dans les bastions traditionnellement masculins du pouvoir.

«Balayer devant

sa porte»

Cette initiative, portée par le Centre de la Cedeao pour le développement du genre (Ccdg), assume une approche autocritique. Sandra Oulate Fattoh, directrice du Ccdg, est formelle : l’institution doit d’abord réformer ses propres rouages. «Nous nous sommes interrogés sur l’urgence interne. Cela commence par nous-mêmes, avant d’aller vers les Etats membres», explique-t-elle avec lucidité.

L’enjeu est de taille, car l’absence de femmes dans les sphères décisionnelles biaise les politiques publiques. «Sou­vent, on évolue dans un environnement sans ouvrir l’œil sur ces questions», regrette Mme Oulate Fattoh. L’objectif est donc de «poser ces problématiques de façon répétitive» pour qu’elles deviennent un réflexe managérial.

Un projet-pilote pour un effet

domino

Si cette session réunit le premier cercle de direction, l’ambition est de créer une onde de choc à tous les niveaux. Ce programme-«test» a vocation de remonter jusqu’aux commissaires et, in fine, d’influencer les sommets des chefs d’Etat.

A travers cinq compétences clés, les participants scrutent désormais leur pratique quotidienne : de la gestion des ressources humaines à la définition des priorités budgétaires. Le message est clair : le leadership sensible au genre n’est plus une option éthique, mais un impératif de performance pour la réussite des missions de la Cedeao.

A Saly, les cadres ne sont pas venus chercher un certificat de plus, mais les plans d’une nouvelle architecture institutionnelle. Reste désormais à transformer ces acquis en réalités opérationnelles une fois de retour dans les officines feutrées d’Abuja.

abciss@lequotidien.sn