La 34e édition du Festival Saint-Louis Jazz a débuté sous le signe de l’affluence. Dès les premières heures de la soirée inaugurale, le public s’était massé en nombre inhabituellement élevé pour accueillir le Kuba Stankiewicz Trio, venu de Pologne pour ouvrir les festivités.
Les abords de la scène affichaient complet bien avant le lever de rideau, témoignant d’un engouement réel pour cette édition et d’une curiosité certaine pour cette formation venue d’Europe centrale.
Le pianiste Kuba Stankiewicz, figure respectée de la scène jazz polonaise, s’est présenté accompagné de ses complices habituels pour un set qui aura duré environ une heure et demie. Le trio a évolué dans un registre classique, ancré dans la tradition post-bop, avec une rigueur technique indéniable. Les arrangements, soignés, révèlent une maîtrise du répertoire et une cohésion entre les musiciens forgée par des années de scène commune. Stankiewicz lui-même confirme, derrière son clavier, une habileté pianistique que ses enregistrements laissaient déjà présager.
Pour autant, la soirée n’a pas véritablement décollé vers ces altitudes que le public des grandes nuits de Saint-Louis attend parfois. Le trio a livré une prestation propre, bien construite, sans aspérités ni fausses notes, mais également sans ces moments d’abandon ou de saillance qui font basculer un concert du côté de l’inoubliable. Les compositions ont défilé avec une certaine régularité de ton, laissant peu de place à l’imprévu ou à la prise de risque. L’ensemble donnait l’impression d’un groupe sûr de son fait, peut-être trop soucieux de ne rien laisser au hasard.
Ce qui a également retenu l’attention, c’est la distance maintenue tout au long du spectacle entre la scène et le public. Le Kuba Stankiewicz Trio n’a pas cherché à tisser de lien avec l’assistance, se concentrant sur la musique avec une sobriété qui frise parfois la froideur. Quelques mots d’introduction entre les morceaux, brefs et convenus, mais rien qui ressemble à cette communion que le jazz, musique de partage par excellence, est capable de générer entre interprètes et auditeurs. Le public, pourtant nombreux et manifestement bienveillant, n’a pas été vraiment invité dans la conversation musicale.
Il serait néanmoins injuste de ne pas saluer la qualité intrinsèque du travail accompli. Le trio polonais a offert une démonstration sérieuse de son art, avec une section rythmique solide et un pianiste dont la culture jazzistique ne fait aucun doute. Pour une ouverture de festival, certains y verront le choix délibéré d’une mise en bouche mesurée, laissant aux nuits suivantes le soin d’élever la température.
Le Festival Saint-Louis Jazz dont la renommée dépasse largement les frontières sénégalaises, avait en tout cas réussi son pari d’attraction. La Place Baya remplie, les regards tournés vers la scène, l’impatience palpable d’une semaine musicale qui ne fait que commencer. La suite du programme, attendue avec fébrilité, dira si cette ouverture en demi-teinte n’était qu’un préambule calculé avant les grandes émotions.
