Alors que le débat sur le retour des trésors africains s’intensifie, le Pr Matar Ndiaye, Directeur général de l’Ifan, invite à une rupture de paradigme. Lors du lancement du colloque international lié au programme de recherche «Retours», il a affirmé que la restitution des biens spoliés dépasse le simple transfert matériel pour devenir un acte de reconquête des souverainetés culturelles. Entre mémoires collectives et nouveaux récits nationaux, l’Ifan se positionne désormais au cœur de cette mutation profonde des pratiques muséales et de la coopération scientifique entre l’Afrique et l’Occident.
Par Amadou MBODJI – Le dossier de la restitution des biens culturels spoliés franchit une nouvelle étape de réflexion académique et politique. Lors du lancement du colloque international consacré aux «Souverainetés et Restitutions des biens culturels», le Pr Matar Ndiaye, Directeur général de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), a martelé que le retour des œuvres d’art ne doit pas être perçu comme un simple transfert matériel, mais comme un levier fondamental de souveraineté culturelle et de réappropriation des récits nationaux.
Au-delà de l’objet : un enjeu de mémoire. La restitution n’est pas qu’une affaire de logistique muséale. Pour le Pr Matar Ndiaye, le débat est beaucoup plus profond. Intervenant lors de l’ouverture de ce colloque de haut niveau, le Directeur de l’Ifan a précisé que ce processus touche à l’essence même de l’identité des peuples. «La restitution ne se réduit pas à un transfert matériel d’objets. Elle engage des souverainetés culturelles, des mémoires collectives, des récits nationaux et des dynamiques communautaires», a-t-il affirmé avec conviction. Selon lui, ce mouvement de retour force les institutions à s’interroger sur leurs propres pratiques : «Elle interroge aussi nos pratiques muséales, nos cadres juridiques et nos responsabilités scientifiques.»
Déplacer le regard : le programme «ReTours»
L’un des objectifs majeurs de cette rencontre scientifique est de renverser la perspective habituelle. Trop longtemps analysée sous l’angle européen, la question de la restitution doit désormais être pensée depuis le continent africain. Ce colloque s’inscrit d’ailleurs dans le cadre du programme de recherche collaboratif «Anr ReTours». Ce projet ambitieux propose une rupture méthodologique : passer de la restitution vue comme un «geste ponctuel» à un «processus social, politique et culturel» de long terme. En analysant les géopolitiques du patrimoine et les «économies du retour», «ReTours» entend renouveler en profondeur les imaginaires liés à ces objets autrefois exilés.
L’Ifan, gardien et moteur du changement
Institution historique et pilier de la recherche en Afrique de l’Ouest, l’Ifan ne se contente pas d’observer ces mutations. Sous l’impulsion de son Directeur général, l’institut place ces débats au centre de sa mission régalienne. Le Pr Ndiaye a rappelé que l’Ifan œuvre quotidiennement à documenter, préserver et valoriser les patrimoines africains. Désormais, l’institution se projette vers l’avenir en réfléchissant activement aux conditions techniques et symboliques du retour des œuvres, tout en dessinant les contours de nouvelles formes de coopération internationale, plus équilibrées et respectueuses des héritages africains.
