Amy Nd. Diop s’est progressivement imposée comme une figure incontournable et passionnément engagée du management artistique et de l’événementiel culturel au Sénégal. Entre accompagnement stratégique des talents, formations académiques pointues, entrepreneuriat et promotion de la musique religieuse, la fondatrice et dirigeante de Mina Events retrace un parcours singulier, façonné par la rigueur administrative, la passion créative et une volonté inébranlable de professionnaliser le secteur des arts. Elle revient ici sur son itinéraire, et partage sa vision du métier de manager.

Depuis combien de temps évoluez-vous dans le secteur du show-business et de l’ingénierie culturelle ?

Je suis pleinement immergée dans l’univers des arts et de la culture depuis l’année 2018. J’ai débuté ma carrière dans le management artistique aux côtés de l’artiste A.b.t Diayprek, qui est avant tout un ami très cher avant d’être un collaborateur sur le plan musical. A.b.t est un rappeur pétri de talent originaire de Thiès. C’est lui qui, le premier, m’a encouragée et poussée à embrasser la carrière de manager. Au départ, je percevais cette mission comme un simple devoir d’amitié, une volonté spontanée de l’épauler pour qu’il puisse exceller et faire rayonner sa musique. Mais très vite, cette aide amicale s’est transformée en une véritable passion pour la gestion des carrières artistiques.

Afin de consolider mes connaissances pratiques, je suis venue m’installer à Dakar pour suivre une formation rigoureuse en management artistique. Un an plus tard, un mentor extraordinaire, une personne profondément spéciale qui a toujours cru en mes capacités et qui a malheureusement quitté ce monde -Bamba Diegui Rails, que la terre lui soit légère- m’a orientée vers Sénégal Talent Campus (Stc), le tout premier centre de formation professionnelle et technique dédié aux métiers des arts et de la culture au Sénégal, situé dans les locaux de la Maison des cultures urbaines (Mcu). Sénégal Talent Campus regroupait des apprenants venus de toutes les régions du Sénégal et proposait quatre Brevets de technicien supérieur (Bts). Il s’agissait d’un cursus exigeant de deux ans, comptabilisant 2000 heures de cours théoriques et pratiques réparties sur 26 semaines par an, sous forme d’alternance école-entreprise. C’est dans ce cadre stimulant que j’ai obtenu mon Bts en administration culturelle, doublé d’une certification spécialisée en régie de production grâce au programme «Pali-Pali».

Par la suite, mon parcours m’a amenée à manager de nombreux talents : Peulh Bou High Beatz, compositeur et ingénieur du son d’exception, Aboubakry Samb et Bachir Cissé, deux chantres de la musique religieuse, sans oublier mon rôle de manager général au sein d’un grand label de la place de Dakar, aux côtés de l’artiste Dior Mbaye. J’ai également eu l’opportunité de diriger la carrière du rappeur Taijiscin. Je tiens à exprimer ma profonde gratitude envers Daouda Mar, directeur d’Edge Prod, une personnalité d’une immense générosité, qui a permis à tant de jeunes Thiessois de croire en leurs rêves.

En plus du management d’artistes, quels sont vos autres domaines d’expertise et de compétences ?

Mon profil est polyvalent. Je suis à la fois manager d’artistes, technicienne en administration culturelle, régisseuse de production et organisatrice d’événements. Je suis notamment l’initiatrice du festival La Renaissance des cultures urbaines thiessoises (Lrcut), porté par Diorka Entertainment. Cette initiative est née d’un besoin viscéral : former, structurer et accompagner les jeunes talents ainsi que les acteurs culturels de la région de Thiès. Nous y proposons des modules complets d’apprentissage en entrepreneuriat culturel, techniques d’écriture, Musique assistée par ordinateur (Mao), graphisme, développement personnel, management, photographie et vidéographie, accompagnés de panels de réflexion et de grands concerts de clôture réunissant la scène urbaine locale.

Par ailleurs, je suis la Présidente-directrice générale de Mina Events, une entreprise sénégalaise spécialisée dans l’ingénierie événementielle et culturelle, basée à Dakar et déployant ses activités sur l’ensemble du territoire national. Mina Events conçoit, produit et régit des événements artistiques, religieux et institutionnels de premier plan : de la résidence de création à la production exécutive, du concert d’envergure à la conférence internationale, de la régie technique à la direction artistique globale. Notre grande singularité réside dans notre engagement éthique : remettre en lumière celles et ceux que la grande scène a parfois tendance à oublier, en particulier les artistes émergents et les interprètes de la musique religieuse, en leur offrant des plateaux techniques hautement professionnels, une visibilité médiatique accrue et un accès direct au public.

Avec le recul, quel bilan dressez-vous de vos multiples expériences dans l’industrie du spectacle ?

Le bilan est extrêmement positif et enrichissant. Ce parcours m’a permis de grandir de manière spectaculaire, tant sur le plan professionnel qu’humain. J’ai profondément intégré le fait que manager un artiste ne se résume absolument pas à lui dégoter quelques dates de concert ou à signer des contrats d’étape ; c’est embrasser une vision globale, décrypter une psychologie, protéger une réputation et bâtir un édifice solide sur le long terme. Chaque artiste que j’ai eu l’honneur d’accompagner m’a enseigné une leçon unique. J’en ai appris la patience stratégique, la rigueur opérationnelle, l’art de la diplomatie, la gestion du stress face aux imprévus et, par-dessus tout, la valeur de l’humilité.

Le show-business est un univers captivant et vibrant, mais il exige d’immenses sacrifices, une discipline de fer, un réseau solide et une ténacité à toute épreuve. Aujourd’hui, je peux affirmer sans détour que toutes ces épreuves et réussites m’ont forgée, m’ont offert une compréhension fine des enjeux du secteur culturel sénégalais et m’ont insufflé l’énergie nécessaire pour continuer à propulser les talents à travers des projets porteurs de sens et d’impact social.

Certains observateurs ont l’impression que vous vous éloignez de la musique urbaine et profane pour vous consacrer exclusivement au domaine religieux avec La Nuit de la Lumière. Qu’en est-il réellement ?

Je ne me suis absolument pas détournée de la musique profane. Mon catalogue et mon expérience prouvent que j’ai toujours mené de front le management de chantres religieux, de rappeurs et d’artistes de mbalax. Simplement, mon observation du marché m’a fait prendre conscience d’une réalité marquante : la musique religieuse sénégalaise peine à s’imposer sur les plans économique et international, faute de promoteurs structurés, de visibilité médiatique adéquate et de plateformes de diffusion professionnelles qui permettraient à ces artistes de franchir un cap. C’est précisément ce déficit d’accompagnement qui m’a motivée à investir mon savoir-faire technique et mon énergie dans la structuration et la valorisation économique de ce patrimoine musical sacré.

Où en êtes-vous dans la concrétisation des Nuur Awards, destinés à récompenser les meilleures voix religieuses ? Pouvez-vous nous révéler les contours de cet événement majeur ?

Les Nuur Awards constituent la toute première plateforme nationale de grande envergure conçue pour révéler, célébrer et valoriser la création artistique religieuse contemporaine dans toute sa diversité. L’objectif est d’en faire le rendez-vous annuel de référence autour de la culture religieuse et de ses expressions artistiques. Nous sommes actuellement plongés dans une phase de préparation intense et méticuleuse, et je peux vous assurer que le public et les professionnels seront impressionnés par l’ampleur du concept lors de sa présentation officielle. Nous travaillons en étroite collaboration avec un comité scientifique de haut niveau, composé d’experts dont les identités et les profils prestigieux seront dévoilés très prochainement.

Le calendrier opérationnel est désormais fixé : le programme s’étendra de 2026 à 2027. Il déploiera une grande résidence de création artistique, la production d’un album collectif inédit réunissant des interprètes issus de toutes les confréries du pays -sous la direction musicale du talentueux Peulh Bou High Beatz-, ainsi que des panels de réflexion, une foire culturelle, des expositions patrimoniales dédiées à nos grands guides spirituels et, enfin, une prestigieuse cérémonie de remise de prix. A ce titre, nous lançons un appel solennel au ministère de la Culture et du patrimoine historique afin qu’il apporte son soutien institutionnel à cette initiative novatrice.

Propos recueillis

par Amadou MBODJI

ambodji@lequotidien.sn