A l’approche de la nouvelle édition de Sargal Xam Xam, prévue le 8 août à Louga, Abdoulaye Koundoul, Conseiller spécial du Premier ministre et président du comité d’organisation, revient sur l’évolution de cette initiative portée par la Ctbn/Asg. Promouvoir l’excellence académique sans distinction religieuse ni sociale, ancrer la jeunesse dans ses valeurs spirituelles et structurer un impact durable sur le terrain : entretien sur une démarche qui dépasse désormais le simple cadre d’une cérémonie.

Propos recueillis par B. SAKHO – En jetant un regard en arrière, quel chemin a été parcouru depuis le lancement de l’initiative ? Où en est Sargal Xam Xam aujourd’hui ?

Quand je repense aux débuts de Sargal Xam Xam, je ressens beaucoup de gratitude. Cette initiative est née d’une conviction profonde portée par notre guide spirituel, Cheikh Abdou Sané Gadji : l’éducation est le plus bel héritage que l’on puisse transmettre à une jeunesse. Cette conviction s’enracine dans l’enseignement de Cheikh El Hadji Ibrahima Niasse, Baye Niasse, pour qui la quête du savoir est indissociable de la foi. Baye Niasse nous a appris qu’il n’existe aucune opposition entre le spirituel et le temporel : ces deux dimensions de la vie sur terre se nourrissent mutuellement, et c’est à leur conciliation que nous voulons éduquer nos enfants. Au fil des éditions, nous avons grandi. En 2022, nous voulions encourager nos jeunes à s’orienter vers les filières scientifiques. L’année dernière, nous avons mis l’accent sur la responsabilité et la redevabilité. Chaque édition a apporté sa pierre à l’édifice. Aujourd’hui, Sargal Xam Xam dépasse largement le cadre d’une cérémonie. C’est devenu un rendez-vous attendu, un moment de fierté pour les familles et une véritable source de motivation pour les jeunes.

Sargal Xam Xam est devenue bien plus qu’un simple événement. Comment la Ctbn/Asg a-t-elle évolué pour devenir un acteur durable ?

Une cérémonie ne dure qu’une journée. Une mission, elle, se construit tous les jours.

Très vite, nous avons compris qu’il fallait bâtir une organisation solide pour que cette vision puisse durer. Nous avons mis en place une gouvernance, une commission pédagogique, des espaces de réflexion où les décisions sont prises ensemble. Chez nous, le mérite est le seul critère qui compte, et nous tenons à cette exigence. Lors de notre dernière Assemblée générale, nous avons franchi une nouvelle étape avec la création de plusieurs entités : Ctbn Media pour raconter nos actions et produire des contenus éducatifs, Ctbn Santé pour coordonner nos actions médicales et sociales, et Ctbn Jeunes pour préparer la relève et accompagner l’engagement des plus jeunes. Nous avons également renforcé notre Bureau exécutif en intégrant de nouvelles compétences. Une association grandit lorsqu’elle sait s’organiser sans perdre son âme. Cette solidité de la structure, la Ctbn la doit d’abord à la guidance éclairée de Cheikh Abdou Sané Gadji. Son parcours est, à lui seul, la parfaite illustration de ce que nous voulons faire de ces jeunes : inspecteur du Cadastre ayant accompli toute sa carrière à la Direc­tion du Cadastre, il demeure néanmoins un moukhadam révéré de Baye Niasse, un imam et un éducateur hors pair. Il incarne cette conciliation harmonieuse du spirituel et du temporel que nous proposons en modèle à notre jeunesse.

Au-delà des discours, quel impact concret observez-vous aujourd’hui auprès des bénéficiaires ?

Le plus beau retour, ce sont les changements que nous observons sur le terrain. Que ce soit à Médina Baye, Louga, Taïba, Dakar ou Ziguinchor, nous rencontrons des familles qui suivent davantage le parcours scolaire de leurs enfants, des élèves qui redoublent d’efforts avec l’envie d’être récompensés devant leur communauté, et surtout des jeunes qui commencent à croire en leurs rêves. Nous faisons aussi très attention aux modèles que nous présentons à cette jeunesse. Chaque année, nous choisissons des parrains et marraines dont les parcours inspirent. Cette année, nous aurons l’honneur d’accueillir Mme Seyda Rokhaya Barham Diop, Directrice administrative et financière dans une société pétrolière de la place, ainsi que le Colonel Mbaye Thiam, officier supérieur ayant fait toute sa carrière au Génie militaire, qui est aussi un moukhadam de Baye Niasse engagé dans l’encadrement et l’éducation des jeunes sur la voie de l’islam. Leur présence envoie un message simple : l’excellence est possible lorsque l’on travaille avec sérieux, persévérance et intégrité.

Avez-vous une histoire qui illustre particulièrement cet impact ?

Oui, et c’est sans doute l’un des souvenirs qui m’a le plus marqué. Notre association est profondément attachée aux valeurs de l’islam. Pourtant, nous avons toujours considéré que le savoir n’appartient à aucune religion. L’année dernière, l’un des meilleurs élèves récompensés était de confession chrétienne. Lorsqu’il est monté sur scène, toute la salle s’est levée pour l’applaudir. Il n’y avait plus de différence. Il n’y avait qu’un jeune qui avait travaillé, qui avait mérité cette reconnaissance. C’est exactement cela, l’esprit de Sargal Xam Xam. Je pense également aux élèves non-voyants de l’Inefja de Thiès qui participent à notre concours. Nous leur remettons des ouvrages en braille et, l’année dernière, nous avions organisé une démonstration informatique en braille. Parce qu’au fond, honorer le savoir, c’est honorer tous les enfants, sans distinction. Aucun enfant ne doit être laissé de côté. Ces exemples témoignent du caractère profondément inclusif de notre activité : les récompenses concernent aussi bien les élèves de l’enseignement en français que ceux des écoles en arabe, sans oublier les élèves en situation de handicap de l’Inefja. Aucune filière, aucune condition ne met un enfant à l’écart de la célébration du savoir.

Que préparez-vous pour cette nouvelle édition ?

Le 8 août prochain, nous nous retrouverons à Louga autour d’un thème qui nous tient particulièrement à cœur : «Bâtir une école de paix et d’excellence à la lumière des valeurs de l’islam.» Après avoir parlé de responsabilité l’année dernière, nous voulons cette fois réfléchir à l’école que nous souhaitons transmettre à nos enfants. Une école qui forme des citoyens compétents, mais aussi des femmes et des hommes de valeur. Comme nous y invite Baye Niasse, nous continuerons à construire des passerelles entre notre héritage spirituel et les défis du monde moderne, c’est-à-dire à concilier le spirituel et le temporel, ces deux dimensions inséparables de la vie sur terre. Je voudrais d’ailleurs saisir cette occasion pour adresser mes remerciements les plus chaleureux aux autorités administratives de la région de Louga, qui abrite l’événement depuis quatre ans, qui n’ont jamais ménagé leur accompagnement pour la réussite de cette célébration du savoir.

Quelles seront les nouveautés de cette édition ?

Cette année, nous avons voulu aller encore plus loin. A travers Ctbn Santé, nous organiserons une grande collecte de sang. C’est une action qui nous ressemble. Pour nous, célébrer le savoir ne doit pas se limiter à remettre des trophées ; cela doit aussi être une manière de servir les autres. Nous poursuivrons également nos rencontres avec des scientifiques, des professionnels et des entrepreneurs issus de notre communauté, afin de permettre aux jeunes de découvrir différents parcours et de faire naître des vocations. Enfin, grâce à Ctbn Média et à notre partenariat avec Ndiambour Tv, ceux qui ne pourront pas être présents à Louga pourront vivre cette journée à distance.

Quelle est votre ambition pour les cinq prochaines années ?

Nous aimerions que Sargal Xam Xam devienne une référence nationale en matière de promotion de l’excellence. Mais au-delà de l’événement, je souhaite que la Ctbn/Asg soit reconnue comme une communauté qui forme des jeunes compétents, responsables, profondément attachés à leurs valeurs et capables d’apporter une contribution positive au Sénégal et à l’Afrique, des jeunes capables, à l’image de ce que nous enseigne Baye Niasse, de réussir dans le monde sans jamais se détacher de leur ancrage spirituel. Notre ambition dépasse notre propre communauté. Nous voulons participer, à notre niveau, à la construction d’une société meilleure.

Comment garantir la pérennité de cette dynamique ?

Je crois que tout projet durable repose d’abord sur les femmes et les hommes qui le portent. Nous investissons beaucoup dans la formation des jeunes, dans la préparation de la relève et dans le renforcement de notre organisation. Nous travaillons aussi à diversifier nos partenariats afin que notre action puisse continuer à grandir. Mais il existe un dernier pilier, sans doute le plus important : la foi. C’est elle qui nous donne la force de continuer, même lorsque les difficultés se présentent. Tant que cette vision restera vivante, Sargal Xam Xam continuera à avancer.

Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse ?

J’aimerais leur dire une chose très simple. N’attendez pas que quelqu’un croie en vous avant de croire en vous-mêmes. Travaillez avec sérieux. Soyez curieux. N’ayez pas peur de voir grand. Les rêves les plus ambitieux commencent souvent dans les endroits les plus modestes. Et surtout, ne perdez jamais vos valeurs en chemin. Un diplôme ouvre des portes, mais ce sont l’humilité, le respect et l’intégrité qui permettent de les garder ouvertes. Apprenez, comme nous y invite Baye Niasse, à faire vivre ensemble le spirituel et le temporel : c’est dans cet équilibre que se construit une vie pleinement réussie. Enfin, souvenez-vous que la vraie réussite ne se mesure pas seulement à ce que l’on accomplit pour soi. Elle se mesure aussi à la capacité de tendre la main à ceux qui viennent après nous. C’est ainsi que l’on construit une communauté. C’est ainsi que l’on bâtit un pays.

bsakho@lequotidien.sn