Alors que le Sénégal vient de célébrer son 66e anniversaire de l’indépendance, le secteur des transports routiers traverse une zone de fortes turbulences. Entre échecs de négociations et durcissement des positions, le mouvement de grève entamé par la Fédération des syndicats routiers depuis 10 jours met à nu les fractures persistantes entre les acteurs du volant et l’Exécutif.

C’est inédit, avec un mouvement qui s’inscrit dans la durée. Déclenchée initialement pour une période de 72 heures à partir du 30 mars 2026, la grève a été reconduite et transformée en mouvement illimité ce lundi 6 avril. Malgré les appels au dialogue du ministre des Infrastructures et des transports terrestres et aériens, Yankhoba Diémé, le fossé semble se creuser. La paralysie est quasi totale dans des centres névralgiques comme Saint-Louis, Dakar et Thiès, affectant l’économie et la mobilité des citoyens. Le malaise des transporteurs repose sur un cocktail de revendications anciennes et de nouvelles frustrations : les tracasseries routières, le non-respect des accords, les charges d’exploitation. Face à l’inflation galopante et à la hausse du coût de la vie, les marges des transporteurs s’érodent, rendant l’activité de moins en moins viable pour les petits opérateurs.

Syndicalisme – Le front social en ébullition : Grande marche nationale aujourd’hui

Le dialogue est pour l’instant dans l’impasse pour une raison structurelle : la représentativité. Les grévistes exigent que les discussions se tiennent exclusivement avec les signataires du préavis, refusant l’inclusion d’autres acteurs jugés plus proches de l’Administration. Bien qu’un Comité ad hoc tripartite (Etat, syndicats, acteurs du secteur) ait été annoncé par le gouvernement pour débloquer la situation, la Fédération des syndicats routiers maintient son mot d’ordre. Pour les syndicalistes, les «avancées» brandies par le ministère ne sont que des promesses sans calendrier d’exécution clair.

Cette grève survient dans un contexte politique particulier, marquant l’an deux de la Présidence de Bassirou Dio­maye Faye. La gestion de ce conflit est un test majeur pour le gouvernement qui prône la «souveraineté» et la «transformation systémique». Le secteur des transports, pilier de l’économie informelle et moteur de la connectivité territoriale, demande une réforme profonde qui dépasse la simple gestion de crise. Le passage vers une modernisation (renouvellement du parc, digitalisation des paiements, structuration des gares routières) ne pourra se faire sans un climat de paix sociale.

Yankhoba Diémé dans une impasse

A Diamaguène comme à Saint-Louis, les usagers sont les premières victimes de ce bras de fer. Si l’Etat semble vouloir rester ferme sur l’ordre public, l’essoufflement économique pourrait forcer les deux parties à un compromis historique. La question reste entière : l’Etat pourra-t-il offrir des garanties concrètes sur la fin des tracasseries tout en maintenant l’exigence de sécurité routière ?

L’impact de cette grève illimitée des transports sur le commerce des denrées périssables au Sénégal est sans doute catastrophique, car il touche le cœur de la chaîne d’approvisionnement nationale. Le transport de produits périssables (fruits, légumes, poisson, lait) ne supporte aucune rupture de charge prolongée. En cas de blocage, les pertes se chiffrent en centaines de millions de F Cfa par jour à l’échelle nationale.

Célébration du 4 avril : Thiès en son et lumière

Le secteur horticole (zone des Niayes) : c’est la zone la plus touchée. Les récoltes de tomates, d’oignons frais et de légumes verts, qui doivent être acheminées quotidiennement vers Dakar, risquent de pourrir sur place. Les pertes peuvent atteindre 60 à 80% de la cargaison après seulement 48 heures d’immobilisation sous la chaleur. Les acteurs économiques subissent un effet de ciseau dévastateur avec des pertes en amont (producteurs) et en aval (consommateurs et commerçants).