Le mouvement Kiiraay-Les patriotes républicains monte de nouveau au créneau contre la majorité. Pointant une gestion opaque du «Compte Jamm pour la paix en Casamance», le parti d’opposition exige une reddition de comptes totale sur l’utilisation de 3,7 milliards de francs Cfa, sur fond de revers institutionnel pour Pastef au Conseil constitutionnel.

Le bras de fer se durcit entre l’opposition et la Primature. Le mouvement Kiiraay-Les patriotes républicains est reparti à l’offensive contre le parti au pouvoir, Pastef, en ciblant directement l’ancien chef du gouvernement. Au cœur de cette nouvelle charge : la gestion des fonds spéciaux alloués à la consolidation de la paix dans le Sud du pays.

Dans un communiqué rendu public, le parti accuse le Premier ministre Ousmane Sonko d’avoir engagé 3, 7 milliards de francs Cfa issus du «Compte Jamm pour la paix en Casamance» entre 2025 et 2026, «sans aucune justification». Selon Kiiraay, les justifications apportées par l’ancien chef du gouvernement -qui avait évoqué l’achat de véhicules et la réfection d’un bâtiment administratif de la Primature- demeurent «vagues» et apparaissent sans rapport avec la vocation initiale de ce compte. Le mouvement estime que ces arbitrages budgétaires s’éloignent de l’objectif de consolidation de la paix en Casamance, accusant au passage le pouvoir de faire prévaloir une transparence «à géométrie variable».

Cette sortie s’inscrit dans la continuité des démarches de la coordinatrice du mouvement, Aminata Touré. Dès le 18 août, elle avait formellement interpellé le Premier ministre Sonko sur l’affectation de ce fonds spécial institué par décret en 2004 sous la Présidence de Abdoulaye Wade. Elle avait alors détaillé des montants de 2 milliards de francs Cfa pour l’exercice 2025 et 1, 7 milliard pour 2026.

De son côté, Ousmane Sonko a défendu la pleine légalité du dispositif, soulignant qu’il s’agit d’un fonds spécial distinct de ceux accordés à la présidence de la République et strictement encadré par le cadre réglementaire en vigueur. Une argumentation qui n’assouplit pas la position de Kiiraay : rappelant les décennies de conflits endurées par les populations casamançaises et leur légitime attente de «dividendes de la paix», le parti exige une reddition de comptes appliquée «à tous, sans exception, sans privilège et sans sélectivité».

Revers au Conseil constitutionnel

Le climat politique s’est alourdi ce mardi avec la décision du Conseil constitutionnel de déclarer irrecevable la proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale visant à encadrer les fonds politiques de la Présidence. Pour les responsables de Kiiraay, ce désaveu institutionnel met en lumière la contradiction de la majorité : Pastef continuerait de se poser en champion de la gouvernance vertueuse tout en faisant l’impasse sur la gestion concrète du Compte Jamm.