Réunies en collectif à Dakar, plusieurs organisations de la Société civile sénégalaise -dont le Forum civil, la Raddho et Amnesty International- sont montées au créneau pour dénoncer de graves violations des droits humains sur le continent. Du Tchad, qualifié de «dictature rampante» où l’opposition est systématiquement traquée, à la Guinée-Bissau, plongée dans une crise institutionnelle majeure, les défenseurs des droits de l’homme lancent un cri d’alarme et appellent la Communauté internationale à suspendre ses financements envers les régimes oppresseurs.

Par Justin GOMIS – L’Afrique fait face à une multiplication inquiétante de crises politiques et sécuritaires. Si les populations de la région du Sahel subissent de plein fouet le fléau du terrorisme, celles du Tchad et de la Guinée-Bissau étouffent sous le joug de régimes autoritaires. Face à ce tableau sombre, la Société civile africaine s’organise depuis Dakar pour alerter l’opinion internationale.

Tchad : une «dictature rampante» et une opposition liquidée

«Depuis la transition en cours dirigée par le fils de Idriss Déby, le Tchad est plongé dans une profonde crise démocratique marquée par une dictature qui rampe de plus en plus», a fustigé Mama­dou Mignane Diouf, lors d’une conférence de presse.

Selon le coordonnateur du Forum civil sénégalais, les militants des droits de l’Homme et les acteurs politiques tchadiens paient un tribut effroyable. «Des membres de la Société civile et des hommes politiques sont régulièrement enlevés à leur domicile, portés disparus ou assassinés. Beaucoup ont été contraints à l’exil. Nous savons qu’une bonne dizaine d’entre eux sont actuellement installés en France, en Belgique, en Allemagne, aux Etats-Unis ou au Canada», a-t-il révélé.

Face à cette terreur d’Etat, le Collectif Urgence Tchad a sollicité le Forum civil et d’autres organisations sénégalaises pour porter leur voix depuis Dakar. Le collectif invite solennellement les partenaires et bailleurs multilatéraux à geler le financement des projets au Tchad. L’objectif est clair : priver les autorités de ressources financières qui leur permettent de maintenir leur politique de répression et de «liquidation des opposants».

Mamadou Mignane Diouf a notamment cité le cas emblématique de Succès Masra, figure de l’opposition tchadienne : «Il avait accepté, pour apaiser les tensions, d’entrer dans un gouvernement d’union nationale, un choix difficilement compris par sa base. Aujourd’hui, le pouvoir a tout fait pour le liquider. Il se retrouve condamné à de lourdes peines de prison et sa santé est extrêmement précaire.»

L’axe de la résistance : un collectif d’Ong sénégalaises se lève

Refusant de rester les bras croisés, le Forum civil, la Raddho, Africa Jom Center, Amnesty International Sénégal et la Ligue sénégalaise des droits de l’Homme (Lsdh) se sont constitués en collectif. Ensemble, ils entendent mener une vaste campagne de dénonciation internationale. Une solidarité qui s’étend également à la Guinée-Bissau, un autre point chaud du recul démocratique en Afrique de l’Ouest.

Guinée-Bissau : le Paigc dénonce un coup d’Etat institutionnel

Présent à Dakar, un haut responsable du Paigc (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert) est venu témoigner de la dérive autoritaire du Président Umaro Sissoco Embaló.

«Le Paigc avait remporté les élections législatives sous la bannière de la coalition Pai-Terra Ranka emmenée par Domingos Simões Pereira. Mais le Président a opéré ce que nous appelons une combine, un véritable coup d’Etat institutionnel pour nous écarter du pouvoir», a fustigé le responsable bissau-guinéen.

Aujourd’hui, les principaux dirigeants du parti sont soit traqués, soit derrière les barreaux. «La maison du président du Paigc est encerclée par au moins 50 hommes armés», dénonce-t-il. Pour exiger le retour à l’ordre constitutionnel, ces opposants préparent, en collaboration avec des organisations sénégalaises, une pétition internationale réclamant la libération inconditionnelle de Domingos Simões Pereira, détenu depuis près de six mois sans inculpation formelle. Ils prévoient également de publier une «Déclaration de Dakar sur la démocratie en Afrique occidentale».

Le rôle de l’Armée en question

Le responsable du Paigc a conclu son intervention par une charge virulente contre la prolifération des putschs militaires sur le continent :

«L’Afrique ne se développera pas à coups de coups d’Etat. Regardez le Mali : les militaires sont devenus ministres et s’endorment dans les privilèges du pouvoir, pendant que l’insécurité grandit et frappe jusqu’au ministre de la Défense et sa famille. Le rôle d’un soldat est de défendre l’intégrité du pays, celui des politiciens est de gouverner.» Remerciant chaleureusement le Peuple sénégalais pour son hospitalité et son soutien constant aux causes démocratiques, le collectif a promis de maintenir la pression sur les régimes de Ndjamena et de Bissau.

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