Il appartient aux grands hommes de se tromper lourdement, avait dit Cicéron. Alors, le maire de Thiès, Babacar Diop, qui a l’ambition d’écrire la nouvelle histoire de sa Ville, s’est-il trompé ?
A moins qu’il ait été très inspiré en pensant ériger une nouvelle œuvre futuriste à la même place, au moment où la Ville de Thiès, qui a besoin d’un souffle de renouveau, semble se situer entre un passé qui bégaie et un avenir qui se veut lumineux.
L’oiseau de minerve ne prend son vol qu’à la tombée de la nuit, nous disait Hegel.
Bref, la Ville de Thiès tient encore à ses reliques et vestiges du passé, et c’est à la limite une obsession que de vouloir demeurer dans cette posture qui renvoie à un combat d’arrière-garde.
On peut ainsi se permettre de dire, avec un petit grain de provocation, que c’est comme si cette Ville refusait de se tourner résolument vers l’avenir, en captant les nouvelles opportunités qui s’offrent à elle.
Bref, la fresque de l’artiste-peintre, Papa Ibra Tall, qui trônait à Place de France, nous a certes vu grandir, elle a bercé notre enfance, elle était en nous et parmi nous, et n’importe comment, elle restera gravée dans notre mémoire, pour toujours et à jamais.
Mais acceptons aussi que cette fresque était pratiquement devenue anodine et même inaperçue pour cette nouvelle génération qui ne s’en souciait que très peu.
Et si l’ancienne génération s’en souvient et en parle avec emphase, ce n’est pas du tout le cas pour ces jeunes que cette fresque ne dit pratiquement rien.
Est-ce par manque de culture artistique, par ignorance ou par désintéressement, on n’en sait encore rien. Penser conserver le patrimoine est une bonne chose, comme inscrire nos œuvres d’art dans l’esprit du temps est une nécessité.
Ainsi, et sans remettre en cause la valeur artistique d’une telle œuvre, il faut aussi accepter que la fresque de Papa Ibra Tall, qui est logée au cœur de la Ville de Thiès, a fait son temps.
En attendant bien sûr, que les spécialistes nous disent qu’elle est la différence entre un art contemporain et un patrimoine.
On sait au moins que le patrimoine a une dimension historique et de transmission, alors que l’art contemporain a une dimension de questionnement et d’innovation. Laissons alors cette nouvelle œuvre faire sa propre histoire, et c’est le temps qui nous dira si oui ou non elle porte les promesses d’un avenir radieux et prometteur. Par exemple, lorsque le Président Abdoulaye Wade a fendu les Mamelles de Ouakam pour y incruster le fameux Monument de la Renaissance, s’il n’était pas courageux et visionnaire, les cris d’orfraie venant de partout l’auraient fait reculer.
Mais qu’est-ce qui s’est passé plus tard ? Le Monument de la renaissance africaine n’est-il pas devenu la plus grande attraction culturelle et touristique de ce pays ?
Il est vrai qu’on pouvait déboulonner la fresque de Papa Ibra Tall pour la ranger dans l’enceinte de la Manufacture des arts décoratifs de Thiès, où l’artiste a été pensionnaire et directeur, au lieu de lui réserver ce sort assez triste.
Encore que la concertation a manqué dans la démarche du maire et ça lui est tombé dessus. Et c’est ça justement qui a freiné son élan de générosité pour quelqu’un qui veut faire de Thiès une Ville-lumière.
Maintenant, tout dépendra de ce qu’il envisage de faire à la même place, pour être en phase avec son programme de rénovation et de requalification de cet espace urbain historique que constitue la Place de France.
Babacar Papis SAMBA
La Pensée complexe
