Entre consécrations légendaires et émergence d’une relève audacieuse, la 14è édition du Marché des arts du spectacle d’Abidjan (Masa) s’est terminée ce week-end sur un bilan historique. Porté par la présence de figures iconiques comme Tiken Jah Fakoly et le sacre de nouveaux talents tels que Soukeine Young, le rendez-vous a transcendé sa fonction de festival pour s’affirmer comme le véritable poumon économique et diplomatique de la culture africaine. De la scène aux panels professionnels, retour sur une semaine intense qui a définitivement ancré la capitale ivoirienne au cœur de l’échiquier créatif mondial.

Le rideau est tombé, ce week-end, sur la 14è édition du Marché des arts du spectacle d’Abidjan (Masa). Après une semaine d’effervescence qui a transformé la capitale économique ivoirienne en épicentre culturel mondial, l’heure est au bilan. Et il est sans appel : le Masa 2026 a non seulement tenu ses promesses, mais il a franchi un nouveau palier dans la professionnalisation et le rayonnement des industries créatives africaines, avec un casting cinq étoiles et une transmission de flambeau.

Le Masa : plus de 30 ans au service du génie africain

Pour comprendre l’effervescence de cette soirée, il faut remonter aux origines. Créé officiellement en 1993 à Abidjan sous l’impulsion de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif), le Masa est né d’une ambition claire : structurer le secteur des arts vivants en Afrique. Simple marché professionnel à ses débuts, il est devenu un festival foisonnant où la danse, le théâtre, le conte et la musique se rencontrent. En trois décennies, le Masa a survécu aux crises et s’est imposé comme le tremplin ultime pour les artistes souhaitant exporter leur talent à l’international. Cette édition 2026 ne déroge pas à la règle, attirant des programmateurs du monde entier.

Elle restera gravée dans les mémoires par la stature des artistes présents. La participation de l’icône du reggae, Tiken Jah Fakoly, a conféré à l’événement une aura internationale, rappelant que le Masa est bien plus qu’une foire aux spectacles : c’est une tribune politique et sociale. L’un des moments les plus chargés en émotion a sans doute été la remise du Prix féminin Henriette Dagri Diabaté. Doté d’une enveloppe de 6 000 000 F Cfa, il a été attribué à Soukeina «Soukeine Young». Au-delà du patronyme célèbre -elle est la fille de la légende Alpha Blondy, cette distinction salue l’émergence d’une nouvelle garde talentueuse capable de porter haut les couleurs de la musique ivoirienne contemporaine.

Abidjan, carrefour des cultures mondiales

La force du Masa 2026 a résidé dans sa capacité à brasser les horizons. La présence de personnalités diverses témoigne de cette ouverture : Silvia Guevara (Espagne) pour la dimension internationale ; l’acteur Gby de Fer pour l’ancrage théâtral ; le journaliste Mory Touré pour l’expertise critique ; et la slameuse Aminata Mèlyame Bamba, pilier du Comité artistique international. Cette mixité entre danse, humour, arts de rue et slam a permis de toucher tous les publics, tout en offrant une plateforme de visibilité unique pour les talents émergents.

Plus qu’un festival : un moteur économique

Si les scènes ont vibré, les salles de conférence n’ont pas désempli. Le Masa s’est imposé comme un laboratoire de réflexion sur les enjeux cruciaux du secteur culturel africain, notamment le financement avec une question essentielle : comment sortir de la dépendance aux subventions ? Comment professionnaliser les filières pour créer de l’emploi durable, Pour la diffusion, Il faudra optimiser l’exportation des œuvres africaines sur les marchés occidentaux et asiatiques. «Le Masa n’est pas qu’une fête, c’’est un marché. Chaque rencontre ici est une graine semée pour l’économie orange de demain», confiait un professionnel du secteur lors des ateliers.

Le succès logistique de cette quatorzaine doit beaucoup à la jeunesse ivoirienne. Près de 300 bénévoles ont sillonné les sites, assurant l’accueil et la coordination. Cet engagement citoyen souligne l’appropriation de l’événement par une nouvelle génération qui voit dans la culture un vecteur de fierté nationale et d’opportunités professionnelles. En refermant ses portes, le Masa 2026 confirme qu’Abidjan demeure la vitrine incontournable de la créativité continentale. Plus qu’un rendez-vous biennal, c’est le pouls d’une Afrique qui crée, qui entreprend et qui s’impose fièrement sur l’échiquier mondial.