Par nature, l’Américain ne s’embarrasse pas de détails. Il fait ses choix et, la plupart du temps, l’assume. Faire kiffer le public, c’est le rêve de chaque musicien. Henry Corey & Funket Sextet en est un expert.

Il y a des concerts qui ne se racontent pas. Ils se vivent. Celui du Henry Corey & Funket Sextet, venu tout droit des Etats-Unis, était de ceux-là. Dès les premières mesures, le ton était donné : pas de chichis, pas de démonstration savante, juste l’envie communicative de faire bouger les corps et sourire les visages. Mission accomplie, et avec une générosité rare.

Ce que les six musiciens américains ont réussi ce soir-là, c’est un petit tour de passe-passe musical qui aurait pu mal tourner sur le papier. Marier la country, musique des grands espaces et des cœurs simples, avec d’autres genres plus urbains, plus dansants, relevait a priori du pari risqué. Mais le Funket Sextet a balayé tous les doutes en quelques minutes à peine, démontrant que la country n’est pas un territoire fermé. C’est avant tout une musique, avec tout ce que ce mot porte d’universel et de vivant.

Le groupe a joué, mélangé, fusionné, sans jamais sembler forcer les mariages. Ça swinguait, ça groovait, ça sentait bon le festif assumé. Henry Corey, en maître de cérémonie bienveillant, a emmené son monde dans une balade sonore où chaque instrument semblait prendre un plaisir évident à converser avec les autres. La scène du Festival Saint-Louis Jazz a rarement autant ressemblé à une piste de danse.

Et le public, lui, n’a pas résisté longtemps. L’am­biance a rapidement gagné en chaleur, les têtes ont commencé à dodeliner, les pieds à marquer le rythme, les sourires à s’élargir. C’était fun, franc, sans prétention aucune, et c’est précisément ce qui en faisait le charme. Dans un festival où la qualité artistique s’apprécie parfois les bras croisés, le groupe Henry Corey & Funket Sextet a rappelé que la musique, dans son essence la plus joyeuse, n’a qu’une seule ambition : que tout le monde s’enjaille.

Pari tenu, et avec le panache qu’on attendrait de musiciens qui savent exactement pourquoi ils montent sur scène.

Par Malick GAYE – mgaye@lequotidien.sn