L’exposition «Identité linguistique flottante» se tient à la galerie Le Manège de l’Institut culturel français jusqu’au 14 février prochain. Elle regroupe huit artistes de différentes nationalités.
Par Amadou MBODJI – L’exposition Identité linguistique flottante réunit huit artistes à la galerie Le Manège de l’Institut français du Sénégal à Dakar jusqu’au 14 février 2026. Explorant la richesse et la complexité des langues africaines face aux mutations contemporaines, Abdoulaye Ndoye, Richard Monsembula, Sènami Donoumassou et les autres offrent un espace de réflexion sur la mémoire et la création linguistique. Ken Aïcha Sy, directrice de la galerie Le Manège, met le curseur sur le choix porté sur le thème de l’identité pour dérouler cette exposition. «Identité linguistique flottante, c’est une exposition qui invite huit artistes de différentes nationalités, mais aussi de différentes identités dans l’espace, à présenter leur interprétation de qu’est-ce que le flottement identitaire ? Qu’est-ce que c’est finalement, la créolisation linguistique ? Et comment cela s’exprime pour eux ? », explique Ken Aïcha Sy, directrice de la galerie Le Manège. Une panoplie d’œuvres tapissent les murs de la galerie. «Il y a des œuvres plastiques, des tableaux, des teintures, des tablettes, on a des sculptures, on a de la vidéo, on a de l’audio et en fait, chacun de ces artistes a voulu exprimer ce que c’était pour lui, cette question de flottement, cette question de créolisation ?», liste-t-elle. Le parcours souvent difficile des artistes est mis en exergue à travers cette exposition. «Il y a certains artistes mêmes qui sont revenus sur leur parcours, peut-être un peu difficile. Je pense que tous les parcours sont difficiles. Et il y a des œuvres qui sont très intéressantes comme celle de Moulaye Sall, (Le labyrinthe), qui est un labyrinthe qu’il faut parcourir et au milieu, il y a une installation sonore qui présente 24 langues qui introduisent le même message. Donc c’est une installation qu’on aime bien, mais on apprécie évidemment tous les travaux dans l’espace». L’installation de Tiziana Manfredi est multidimensionnelle avec des voilages, des photographies et une vidéo qui raconte son parcours à elle en tant que femme italienne ayant vécu en Europe, mais aussi au Sénégal. «Tiziana Manfredi a fait plus de 20 ans au Sénégal et elle parle parfaitement wolof», souligne-t-elle.
Au delà des questions identitaires que soulève cette exposition, elle permet de reconnecter l’esprit à la tradition. «L’exposition nous permet d’aborder cette question de qu’est-ce que ça veut dire aujourd’hui d’être Français, d’être Sénégalais, d’être ouest-africain. Qu’est-ce qu’on porte derrière tous ces mots, finalement. Il y a un artiste aussi qui, dans son œuvre, permet de se reconnecter à l’esprit, donc à la tradition. C’est une exposition qui marque l’esprit, peut-être», fait remarquer Mme Sy. Derrière les oeuvres de ces artistes, se cache une volonté de relever une pluralité à plusieurs niveaux. «On a essayé de montrer la pluralité des expressions, des opinions, des identités. C’était important pour nous, surtout dans l’époque dans laquelle on vit, où il y a un nationalisme, un renfermement identitaire. C’était important pour nous de montrer la diversité que portent toutes ces populations qui, par ailleurs, sont présentes à Dakar, au Sénégal ou ailleurs, on n’est pas fermé que sur le Sénégal. Mais je pense que ce sont des réflexions qui sont importantes. L’exposition présente aussi, évidemment, un livret et un cartel d’exposition en français. Mais c’était important pour nous d’intégrer le wolof dans l’espace, donc le public peut scanner les QR-codes et avoir accès à une traduction en wolof ou à une médiation en wolof durant les jours de médiation à travers la personne de Madame Yandé Diouf», enchaîne-t-elle.
L’exposition s’achève le 14 février prochain. A la question de savoir qu’est-ce qui rapproche et différencie les artistes ayant pris part à cette exposition, la directrice de la galerie Le Manège de servir comme réponse ceci : «Je pense qu’il y a un fil rouge qu’on a essayé de mettre en forme avec le Collège d’Architecture et les étudiants de Master 1 qui ont travaillé sur la scénographie. C’est ce parcours identitaire-là. Vous rentrez dans les espaces, vous rentrez à un endroit, vous ressortez à un autre, sans finalement un début ou une fin. Je pense qu’on a essayé de montrer la diversité, l’ouverture à l’autre. Les œuvres sont très spécifiques. Chaque artiste a vraiment son individualité, sa façon d’exprimer les choses. Mais en même temps, il y a une forme d’universalité dans chacune des œuvres. Je pense que n’importe qui peut se retrouver dans ces différents travaux. Par exemple, quand on a découvert le travail fait lors de la résidence de Madeleine Calafell, il y a beaucoup de gens qui m’ont dit, ah oui, mais c’est incroyable, ce sont des tik tik (chaussures en plastique et même en fer exposées). Nous, on a grandi avec ça, ça nous rappelle notre enfance, etc. Il y a des œuvres, comme celle de Senami Dounoumassi, qui renvoient à une spiritualité, à la linguistique abordée dans la spiritualité. Et ce sont des choses qui résonnent aussi beaucoup culturellement avec ce qu’on peut connaître au Sénégal qui est un pays qui réunit beaucoup de communautés. C’est un pays avec différentes religions et différentes pratiques culturelles. C’est intéressant aussi de pouvoir montrer que finalement, on a beaucoup plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous séparent», fait-elle savoir. Cette exposition qu’on pourrait qualifier de traversée en reprenant les termes tirés d’un document qui renvoie à cette exposition, regroupe les artistes Abdoulaye Ndoye, les sœurs Chevalme, Senami Dounoumassi, Moulaye Sall, Tiziana Manfredi, Chris-Cyrille Isaac, Richard Monsembula et Madeleine Calafell. Ils sont originaires du Sénégal, de la Rdc, du Bénin, des Caraïbes, de la France et de l’Italie.
ambodji@lequotidien.sn
